Alors que la grève des enseignants se poursuit sur l’ensemble du territoire national, les autorités éducatives ont annoncé le déploiement, dès lundi prochain, de missions d’inspection chargées de vérifier l’effectivité de la reprise des cours dans les établissements publics. Une décision qui provoque une vive réaction au sein du Collectif SOS ÉDUCATION « La base », lequel dénonce une démarche jugée « paradoxale, provocatrice et méprisante » dans un contexte social tendu.
Dans une note de positionnement rendue publique, les enseignants estiment que l’État ne peut prétendre ignorer les causes profondes de la paralysie actuelle du système éducatif. Pour le collectif, ces causes sont connues, largement documentées et relèvent avant tout de la responsabilité des pouvoirs publics. SOS ÉDUCATION « La base » pointe notamment la précarité administrative et financière qui affecte plusieurs milliers d’enseignants, les retards chroniques d’intégration et de titularisation, l’absence de rappels de solde, ainsi qu’un déficit persistant de dialogue social sincère et structuré.
À ces difficultés s’ajoute, selon les enseignants, une dégradation continue des conditions matérielles et morales d’exercice du métier. Dans ce contexte, l’annonce de missions d’inspection apparaît comme une inversion des responsabilités. « On cherche à surveiller, culpabiliser et éventuellement sanctionner les enseignants plutôt qu’à s’attaquer aux racines du mal », déplorent les membres du collectif, qui y voient la manifestation d’un profond mépris à l’égard du corps enseignant.
Les grévistes rappellent par ailleurs que la continuité du service public de l’éducation ne saurait être exigée indéfiniment dans un environnement marqué par l’injustice, la précarité et le non-respect des engagements de l’État. « On ne contrôle efficacement que ce que l’on n’a pas soi-même saboté », martèlent-ils, dénonçant une politique de contrôle déconnectée des réalités du terrain.
SOS ÉDUCATION « La base » insiste également sur le rôle central de l’enseignant dans la société gabonaise, le présentant non comme un frein au fonctionnement de l’école, mais comme « le dernier rempart du système éducatif », malgré les sacrifices consentis et les humiliations répétées.
Plutôt que des missions d’inspection jugées « stériles », le collectif appelle à des actes concrets et immédiats, à des engagements écrits, datés, chiffrés et vérifiables, ainsi qu’à l’ouverture d’un véritable dialogue franc, inclusif et respectueux de la base enseignante. Réunis en assemblée générale samedi à Libreville, les enseignants ont décidé de maintenir la grève jusqu’à satisfaction totale de leurs revendications. « Cette fois-ci, tout ou rien », ont-ils averti, excluant toute reprise des cours sans avancées substantielles.
Parmi les principales revendications figurent l’arrêt immédiat de toute forme de précarisation des enseignants, la régularisation urgente des situations administratives avec effet solde rétroactif, la mise en solde des 900 enseignants scientifiques et des sortants des écoles de formation, la suppression du pré-salaire, la revalorisation des primes, le paiement des rappels dus ainsi que l’amélioration durable des conditions de travail et de vie du personnel éducatif.



