Finances publiques, vie chère et FMI : Thierry Minko défend une ligne de rigueur sous contrainte sociale

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Dans un contexte marqué par une forte pression sur le pouvoir d’achat, une défiance persistante vis-à-vis de l’impôt et l’imminence de négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), le ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la vie chère, Thierry Minko, a livré une lecture structurée et assumée de la loi de finances 2026. Dans un entretien exclusif accordé à Gabon Media Time, le ministre expose les arbitrages budgétaires opérés par l’exécutif, tout en tentant de concilier crédibilité financière, justice fiscale et impératif social.

Arrêté à 6 358 milliards de FCFA, contre plus de 7 000 milliards initialement envisagés, le budget 2026 traduit, selon le ministre, un choix de responsabilité. Face à un déficit estimé à près de 6 % du PIB, l’exécutif a opté pour une révision à la baisse afin de préserver la soutenabilité des finances publiques et de rassurer les partenaires financiers.
L’ambition demeure toutefois élevée : le gouvernement table sur une croissance de 6,5 % en 2026, contre 3 % en 2025, portée par des investissements ciblés dans les infrastructures, l’énergie, l’eau, l’assainissement et les secteurs sociaux.

Cette trajectoire repose sur un recours assumé à l’endettement, évalué à plus de 2 186 milliards de FCFA, destiné à financer des projets structurants. Pour Thierry Minko, le déficit n’est pas un tabou, à condition qu’il reste maîtrisé et orienté vers des investissements générateurs de croissance.

L’un des points les plus sensibles de la loi de finances 2026 concerne l’introduction ou le renforcement de certaines taxes : contribution foncière unique, taxe forfaitaire d’habitation, droits d’accise sur la téléphonie mobile, le tabac et l’alcool. Autant de mesures qui ont suscité de vives critiques dans l’opinion publique.

Le ministre réfute l’idée d’une pression fiscale excessive et parle plutôt d’un élargissement de l’assiette fiscale, visant des revenus et patrimoines jusqu’ici peu ou pas imposés. Cette orientation s’inscrit, selon lui, dans une logique de justice fiscale, où chacun contribue selon ses capacités, tout en protégeant les Gabonais économiquement faibles.

Certaines de ces taxes sont également pensées comme des outils de décentralisation, destinés à doter les collectivités locales de ressources propres, tandis que d’autres relèvent d’une fiscalité environnementale fondée sur le principe du « pollueur-payeur ».

Sur le front social, la hausse des prix des produits de première nécessité demeure une préoccupation majeure. Pour y répondre, le gouvernement mise sur la Centrale d’Achat du Gabon, appelée à jouer un rôle de régulateur en réduisant les coûts logistiques et les marges excessives dans la chaîne de distribution.
Les premiers effets de ce dispositif sont annoncés pour avril 2026, même si le ministre reconnaît que la structure actuelle de l’économie gabonaise limite les marges de manœuvre à court terme.

Des mécanismes de protection ciblée sont également évoqués, notamment l’exonération de la taxe forfaitaire d’habitation pour les ménages disposant de compteurs sociaux, en attendant un fichier plus fiable issu du recensement général de la population.

L’ouverture de négociations avec le FMI constitue l’un des tournants majeurs de la politique économique actuelle. Thierry Minko insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un programme d’ajustement imposé, mais d’un programme gabonais, aligné sur le projet de société du président Brice Clotaire Oligui Nguema.

L’objectif affiché est clair : restaurer la crédibilité financière du pays, stabiliser les finances publiques, accéder à des financements concessionnels et préserver les dépenses sociales. Cette démarche semble déjà porter ses fruits, avec une amélioration des conditions de financement du Gabon sur les marchés et une baisse significative des spreads souverains.

Avec un encours de dette estimé à 8 560 milliards de FCFA, la gestion de l’endettement demeure un enjeu central. La stratégie retenue privilégie les prêts concessionnels multilatéraux et le marché financier sous-régional, afin de limiter les risques de change et de refinancement.

Mais au-delà des chiffres, le ministre reconnaît que la relance économique passe aussi par une réforme profonde de l’État. Digitalisation de l’administration, rationalisation des subventions et amélioration de la performance publique sont présentées comme des leviers incontournables pour desserrer l’étau budgétaire.

Au fil de cet entretien, Thierry Minko dessine les contours d’une politique économique de transition, contrainte par les équilibres macroéconomiques mais soumise à une forte pression sociale. Si la cohérence de la stratégie est assumée, son acceptabilité dépendra largement de la capacité du gouvernement à traduire rapidement les réformes en améliorations concrètes du quotidien.
C’est là que se jouera, au-delà des équations budgétaires, la crédibilité politique de la loi de finances 2026

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