39ᵉ session ordinaire du Sommet de l’Union Africaine : le Gabon acte son retour diplomatique et soigne son positionnement continental

Date:

Addis-Abeba, 14 février 2026

La participation du Président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema à la 39ᵉ session ordinaire du Sommet de l’Union africaine marque une séquence diplomatique à forte portée politique pour Libreville. Au-delà du rituel institutionnel, cette présence s’inscrit dans un contexte précis : celui du retour progressif du Gabon au cœur des instances continentales, après une période de mise à l’écart consécutive aux événements politiques internes.

Placée sous le thème de l’accès durable à l’eau et à l’assainissement, en lien avec l’Agenda 2063, la rencontre a servi de cadre à des discussions plus larges sur les défis structurels du continent : stabilité politique, intégration régionale, développement durable et gouvernance mondiale. Autant de sujets qui dépassent la thématique officielle, mais qui reflètent les priorités actuelles de l’Union africaine.

Si la question de l’eau et de l’assainissement demeure cruciale pour de nombreux États africains, le sommet a surtout été l’occasion pour les dirigeants de réaffirmer des positions politiques. Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a insisté sur la nécessité pour l’Afrique de produire ses propres solutions face aux crises multiples, soulignant une aspiration croissante à l’autonomie stratégique du continent.

Dans le même esprit, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a remis sur la table un débat récurrent : la réforme de la gouvernance mondiale et l’absence de l’Afrique comme membre permanent du Conseil de sécurité. Une revendication ancienne, mais toujours d’actualité, qui trouve un écho particulier dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques accrues.

Pour le Gabon, l’enjeu du sommet dépasse largement les déclarations de principe. Son retour au sein de l’Union africaine et son élection récente au Conseil de Paix et de Sécurité constituent des signaux politiques forts. Ils traduisent une volonté des autorités gabonaises de rétablir la crédibilité internationale du pays et de réaffirmer son attachement aux mécanismes africains de concertation.

Dans son intervention, le Chef de l’État a tenu à saluer l’élection de Evariste Ndayishimiye à la présidence de l’institution, tout en assurant du soutien de Libreville à son action. Un geste diplomatique classique, mais révélateur d’une stratégie visant à repositionner le Gabon comme un partenaire fiable et coopératif au sein de l’UA.

Le discours présidentiel a mis en avant des axes désormais récurrents dans les interventions gabonaises : intégration économique, transformation structurelle des économies africaines, emploi des jeunes, transition énergétique et lutte contre les changements climatiques. Ces priorités s’inscrivent dans les orientations continentales, mais posent une question centrale : celle de la capacité des États à passer du discours à l’action.

Pour Libreville, la participation active aux travaux de l’UA apparaît comme un levier de normalisation diplomatique, mais aussi comme une opportunité d’influencer les débats continentaux. Reste à voir dans quelle mesure cette présence se traduira par une implication durable et des initiatives concrètes au sein des organes décisionnels.

En définitive, la 39ᵉ session ordinaire du Sommet de l’Union africaine marque une étape importante dans la stratégie de retour du Gabon sur la scène continentale. Il consacre une réintégration institutionnelle désormais actée, tout en ouvrant une nouvelle phase : celle de la consolidation.

Si la dynamique est clairement engagée, elle devra être confirmée par des positions cohérentes, une participation active aux mécanismes de l’UA et une diplomatie africaine capable de produire des résultats tangibles. Pour le Gabon, l’enjeu est désormais moins celui du retour que celui de l’influence.

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