Par Fabrice DOKO YOUBI,
Conseiller municipal de la commune de Moanda
La meilleure protection d’un Chef de l’État ne réside pas dans la restriction, mais dans la préservation du lien de confiance avec son peuple. Cette relation, patiemment construite, constitue le socle de toute autorité durable. Lorsqu’une décision publique fragilise ce lien, le risque n’est jamais anodin : une fracture peut s’installer, aux conséquences bien plus lourdes que l’objectif initial recherché.
La suspension des réseaux sociaux s’inscrit précisément dans cette zone de danger. Une telle mesure expose le pouvoir à une incompréhension profonde et nourrit, à tort ou à raison, l’idée d’un aveu de fébrilité. Dans un contexte de refondation institutionnelle, l’autorité s’affirme davantage par la maîtrise, la pédagogie et l’intelligence stratégique que par la contrainte brutale.
Il convient surtout de rappeler une réalité trop souvent occultée : les réseaux sociaux ne sont pas uniquement des espaces de contestation ou de débordements. Ils sont aussi, et surtout, des outils de travail, de création et de survie économique pour des milliers de jeunes Gabonais. Créateurs de contenus, entrepreneurs du numérique, commerçants, communicants vivent du digital et contribuent, chaque jour, à la vitalité de l’économie nationale. Les priver de ces plateformes, c’est pénaliser une majorité responsable pour les dérives d’une minorité, fragiliser des revenus, interrompre des activités et envoyer un signal décourageant à une jeunesse qui croit en l’innovation et à l’initiative privée.
Au-delà de l’économie, la dimension humaine mérite toute l’attention. À l’ère de la mobilité et des diasporas, les réseaux sociaux sont devenus des ponts affectifs essentiels. Ils permettent aux familles séparées par la distance de rester en contact, de se soutenir, de se rassurer. Les suspendre brutalement, c’est ajouter une difficulté inutile au quotidien de millions de citoyens.
Pourtant, des alternatives existent. Des réponses plus fortes, plus intelligentes et plus durables que la suspension généralisée peuvent être mises en œuvre. La création d’une véritable police du numérique permettrait de cibler efficacement les abus. La mise en place d’un centre de redressement citoyen offrirait une réponse éducative et corrective aux comportements déviants. Enfin, une vaste campagne nationale de sensibilisation sur l’usage responsable des réseaux sociaux contribuerait à élever durablement le niveau de conscience collective.
Ces options présentent un avantage majeur : elles affirment l’autorité de l’État sans pénaliser la population, renforcent la responsabilité individuelle sans briser la confiance, et s’inscrivent pleinement dans l’esprit de la 5ᵉ République, fondée sur la maturité démocratique et l’inclusion.
L’irresponsabilité de quelques-uns ne doit jamais devenir un fardeau collectif. Le Gabon avance, la dynamique de transformation est réelle. C’est précisément pour cette raison qu’il faut agir avec discernement, lucidité et hauteur de vue face aux tentatives de déstabilisation.
Construisons ensemble un Gabon où l’ordre s’appuie sur la responsabilité, et où la confiance entre l’État et le peuple demeure la pierre angulaire de notre histoire commune.



