Gabon : la HAC envisage le blocage des VPN, un nouveau durcissement qui interroge

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Au Gabon, la suspension des réseaux sociaux pourrait connaître une nouvelle extension. Dans une interview accordée au quotidien public L’Union le lundi 2 mars 2026, le président de la Haute autorité de la communication (HAC), Germain Ngoyo Moussavou, a annoncé que l’institution travaille désormais à la neutralisation des Réseaux privés virtuels (VPN), devenus la principale solution de contournement utilisée par les internautes depuis la coupure décidée le 17 février dernier.

Face à la suspension des plateformes sociales, de nombreux Gabonais se sont rapidement tournés vers les VPN afin de maintenir leurs activités numériques, professionnelles comme personnelles. Ces outils, largement accessibles, permettent de contourner les restrictions techniques imposées par les fournisseurs d’accès à internet.

Une pratique que la HAC considère désormais comme une faille dans l’exécution de sa décision. « Nous avons conscience de cela et nos services techniques partenaires travaillent à une exécution totale de la décision, y compris en intégrant la question des VPN qui se trouve être un moyen de contournement », a déclaré Germain Ngoyo Moussavou. Selon lui, les fournisseurs d’accès seraient déjà mobilisés pour appliquer cette mesure « jusqu’à ce que la suspension soit levée par les voies réglementaires ».

Le président de la HAC réfute toute volonté de museler les citoyens. « Cette mesure ne vise nullement à bâillonner les opinions », a-t-il affirmé, rappelant que d’autres canaux numériques restent accessibles. Dans les faits, l’autorité indique surveiller aussi bien les VPN professionnels que ceux téléchargés avant ou après l’entrée en vigueur de la suspension.

Cependant, cette position soulève de lourdes interrogations. Le VPN n’est pas seulement un outil de contournement militant : il est également un instrument de travail essentiel pour de nombreuses entreprises, médias, ONG et travailleurs indépendants. Son éventuelle suspension élargirait le champ des dommages collatéraux déjà causés par la coupure des réseaux sociaux.

D’un point de vue analytique, l’offensive contre les VPN marque un tournant. Elle traduit la difficulté pour le régulateur de reprendre totalement le contrôle d’un espace numérique par nature fluide et transnational. Techniquement complexe, juridiquement sensible et économiquement risquée, une telle mesure pourrait accentuer le sentiment d’asphyxie numérique chez les usagers, tout en fragilisant des secteurs entiers de l’économie digitale.

La question centrale demeure : jusqu’où l’État peut-il aller pour faire respecter une décision administrative sans transformer une mesure temporaire de régulation en crise durable de confiance ? En cherchant à verrouiller les VPN, la HAC prend le risque de déplacer le débat du terrain de l’ordre public vers celui des libertés numériques et de l’impact économique.

Les prochains jours diront si cette menace se concrétise ou si elle restera un signal d’autorité. Une chose est certaine : la bataille autour de l’accès au numérique au Gabon est loin d’être terminée.

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