La décision du président Brice Clotaire Oligui Nguema de mettre fin au contrat de l’expert français Jean‑Charles Solon marque un tournant symbolique dans la gestion du renseignement technique au Gabon.
Pendant plus de treize ans, ce spécialiste issu de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) avait dirigé le système stratégique d’interception des communications de la présidence gabonaise.
Cette configuration s’inscrivait dans une tradition ancienne de coopération sécuritaire étroite entre France et le Gabon, héritée de décennies de relations politiques et militaires privilégiées.
Au fil des années, la présence d’un expert français à la tête de ce dispositif sensible avait toutefois suscité des interrogations au sein de l’entourage de l’ancien président Ali Bongo Ondimba.
Certains responsables redoutaient notamment que l’infrastructure technique puisse offrir à la France une capacité d’observation privilégiée sur certaines évolutions stratégiques dans la région, notamment le développement des câbles télécoms sous-marins au large des côtes d’Afrique centrale.
Dans ce contexte, la nomination du général Bernard Gnamankala à la tête du dispositif apparaît comme une volonté de renforcer la maîtrise nationale des outils de renseignement.
Pour autant, cette décision ne traduit pas nécessairement une rupture diplomatique avec Paris.
Elle semble plutôt s’inscrire dans une stratégie plus large de diversification des partenariats sécuritaires engagée par les autorités de Libreville.
Ces derniers mois, le président gabonais a multiplié les initiatives diplomatiques, notamment lors d’une visite officielle aux Émirats arabes unis où il a rencontré le président Mohamed bin Zayed Al Nahyan. Il avait également accueilli à Libreville le président français Emmanuel Macron.
En confiant pour la première fois ce dispositif à un responsable gabonais, les autorités semblent vouloir conjuguer deux objectifs : maintenir les partenariats historiques tout en affirmant davantage la souveraineté nationale dans les domaines les plus sensibles de la sécurité de l’État.



