Longtemps resté dans l’ombre des registres opaques de la navigation mondiale, le pavillon gabonais s’offre une cure de respectabilité. Éclaboussé par les récentes controverses liées à la « flotte fantôme » russe — ces navires utilisant des pavillons tiers pour contourner les sanctions occidentales —, Libreville a décidé de reprendre la barre. Sous la pression de Bruxelles et de Washington, les autorités Gabonaises ont compris que la souveraineté maritime ne pouvait plus être déléguée à des intermédiaires lointains.
En ligne de mire : le contrat avec Intershipping Services, société basée à Dubaï qui gérait jusqu’ici le registre national avec une souplesse jugée aujourd’hui problématique par les instances de régulation internationales comme l’OFAC.Le virage stratégique s’est matérialisé par l’ouverture d’un bureau d’immatriculation physique au cœur de Libreville, au sein de l’immeuble Santullo. Pour le ministère des Transports et la Marine marchande, il ne s’agit pas d’une simple formalité administrative, mais d’une reprise de contrôle politique. Désormais, chaque dossier de navire fait l’objet d’une validation conjointe entre le bureau local et Dubaï. Cette double clé de sécurité vise à rayer le Gabon de la liste noire des « pavillons de complaisance » et à s’assurer que seuls les bâtiments conformes aux normes de sécurité et de droit du travail puissent arborer les couleurs vert-jaune-bleu.
Cette réorganisation répond également à un impératif de formation et de nationalisation des compétences. En rapatriant une partie de la gestion du registre, le Gabon entend structurer un corps national d’inspecteurs et d’experts maritimes. L’objectif est double : réduire la dépendance vis-à-vis de l’expertise étrangère et transformer ce secteur en un véritable levier de croissance. Les redevances d’immatriculation, si elles sont gérées avec la transparence promise, pourraient constituer une source de revenus non négligeable pour les caisses de l’État, tout en offrant une image de « pavillon sûr » aux armateurs internationaux légitimes.



