Gabon : La SNI au cœur d’un imbroglio foncier aux relents d’expropriation au quartier Angondjé Mangouba

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À Akanda, dans la province de l’Estuaire, le bras de fer entre la Société Nationale Immobilière (SNI) et la famille Bimouila prend une tournure inquiétante. Au centre du litige : une parcelle de plus de 21 000 m², située au lieu-dit Mangouba, que la famille tente de régulariser depuis des années. Malgré la présentation de documents officiels, dont un plan de délimitation précis et des reçus de versement auprès de l’ANUTTC datant de 2019, la SNI semble multiplier les manœuvres pour contester l’emprise foncière de ces administrés. Une situation qui soulève des questions sur la protection du patrimoine des citoyens face aux appétits des géants étatiques de l’immobilier.

L’offensive de la SNI s’est récemment matérialisée par un courrier daté d’avril 2023, signé par le conseil de la société, Maître Bisseke Mbani Christian Didier. Dans cette missive, la SNI oppose une fin de recevoir aux prétentions de la famille Bimouila, arguant que l’espace réservé à la régularisation foncière serait inférieur à celui indiqué sur leur plan de délimitation. Plus grave encore, la société d’État affirme ne revendiquer « aucunement la production » du dossier technique fourni par la famille, jetant ainsi un doute sur la validité de documents pourtant issus des circuits administratifs classiques. Pour les observateurs locaux, ce rejet systématique ressemble à une stratégie d’usure visant à fragiliser les occupants légitimes. Selon un membre de la famille, lors de la visite du DG de la SNI, celui-ci s’était étonné que ses agents lui donnent certaines informations qui n’exiaterait pas dans les plans de la société: notamment une fameuse Voie secondaire qui en réalité n’existe pas.

Face à ce qu’elle considère comme une tentative d’expropriation déguisée, la famille Bimouila dénonce des motifs fallacieux. Les pièces versées au dossier, notamment l’accusé de réception n°RF-19ES-1089, attestent d’une démarche de régularisation entamée bien avant les tensions actuelles. L’incohérence entre les relevés topographiques officiels et les dénégations de la SNI alimente le sentiment d’une justice foncière à deux vitesses, où les familles vulnérables se retrouvent démunies face à une institution qui semble agir en juge et partie. Le contentieux, désormais sur la place publique, met en lumière les failles d’un système de gestion domaniale encore sujet à de nombreuses zones d’ombre.

L’issue de cette affaire sera un test crucial pour l’État de droit au Gabon. Si la SNI persiste dans sa volonté d’écarter les Bimouila sans apporter de preuves techniques irréfutables ou de compensations justes, c’est toute la crédibilité des réformes foncières qui sera entachée. Pour l’heure, la famille attend toujours une descente sur le terrain et un état des lieux contradictoire, seule étape capable de départager les deux parties de manière objective. Dans ce duel de David contre Goliath, le silence des autorités de tutelle commence à peser lourd, alors que le risque d’une dépossession brutale plane plus que jamais sur cette parcelle d’Angondjé.

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