[Edito]Fegafoot : l’Art de la campagne en solo
Le calendrier vient de tomber, frappé du sceau de la solennité : du 09 au 17 avril 2026, le Gabon est invité à suivre la campagne électorale pour la présidence de la FEGAFOOT. On imagine déjà l’effervescence, les débats enflammés et le suspense insoutenable qui entourent cette joute dont le dénouement semble aussi prévisible qu’un lever de soleil sur l’estuaire d’Owendo.
Au centre de cette mise en scène, un homme :Pierre Alain Mounguengui.
Pour certains, c’est un président ; pour d’autres, c’est le gardien infatigable d’un temple dont il semble avoir égaré le double des clés. À force de baux renouvelés et de mandats empilés, on finit par se demander si le siège de la Fédération n’est pas devenu son titre foncier personnel, une propriété privée où le changement de propriétaire n’est plus qu’une vieille légende urbaine.
La question qui brûle les lèvres des puristes du ballon rond est pourtant simple : à quoi bon user ses semelles sur le bitume quand on court tout seul dans son couloir ? Faire campagne dans un désert de concurrents relève soit d’un respect scrupuleux pour la paperasse administrative, soit d’un goût prononcé pour les monologues lyriques devant un miroir qui, de toute façon, n’oserait jamais contredire le patron.
Le communiqué de la Commission Électorale nous exhorte avec une gravité presque religieuse au « fair-play » et à la « fraternité sportive ». C’est noble, certes. Mais quel fair-play peut-on réellement exercer face à son propre reflet ? On attend avec impatience de voir si le candidat unique saura s’auto-tacler lors de ses meetings ou s’il contestera ses propres promesses pour donner un semblant de piment à ce spectacle sans adversaire.
On nous assure, la main sur le cœur, que seul le football gabonais sortira « grandi » de cette compétition électorale. Pour l’instant, c’est surtout le concept de la longévité biologique qui prend des centimètres. Dans ce marathon à un seul participant, la seule véritable incertitude ne réside pas dans le nom du vainqueur, mais plutôt dans la police d’écriture qui sera utilisée pour imprimer le bulletin unique le jour du vote.
Il y a quelque chose de fascinant dans cette obstination à simuler le duel quand on est en plein solo. C’est l’art de la démocratie immobile, où le mouvement des lèvres remplace le mouvement des idées. Pourquoi s’embêter à convaincre des délégués quand on est déjà, par la force de l’habitude et de l’usure, l’Alpha et l’Oméga de chaque brin d’herbe des stades du pays ?
En définitive, cette campagne de huit jours ressemble à une pièce de théâtre dont on connaîtrait déjà les salutations finales avant même le lever de rideau. Que les supporters se rassurent, le suspense reste entier : on ignore encore si le propriétaire du titre foncier sera réélu avec 100 % des voix ou s’il aura l’élégance suprême de s’en laisser 99 % pour sauver les apparences de la contradiction.
Herton-Séna OMOUNGOU
JRI certifié VOA, Expert en communication Digitale et institutionnelle



