RTN : Le chant du cygne d’un pionnier de l’audiovisuel gabonais

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Dix ans après avoir été le théâtre d’une tragédie qui a marqué l’histoire contemporaine du pays, la Radio Télévision Nazareth (RTN) livre ce qui ressemble à son ultime combat pour la survie. Les murs du siège, encore criblés d’impacts et entourés de carcasses de véhicules calcinés, offrent le visage saisissant d’un média dont le temps s’est arrêté un soir de 2016. Aujourd’hui, ce n’est plus seulement la mémoire de ces violences qui hante l’établissement, mais une asphyxie financière lente et impitoyable. Privé de subventions et de soutien à la reconstruction, le groupe se retrouve au bord d’un précipice que seule la détermination héroïque de ses équipes parvient encore à masquer.

 

L’amertume du Révérend Georges Bruno Ngoussi, fondateur du groupe, traduit une incompréhension profonde face au silence des institutions. Au-delà des pertes matérielles colossales, c’est l’absence de reconnaissance du rôle social et spirituel de la RTN qui interroge. En tant que média de proximité ayant accompagné des milliers de familles gabonaises à travers les décennies, le groupe ne réclame pas une faveur, mais un acte de justice pour une structure qui a payé le prix fort des soubresauts politiques nationaux. Pour la rédaction, l’enjeu est désormais clair : sans un plan de sauvetage d’urgence, c’est un pan entier de la diversité médiatique nationale qui risque d’être définitivement rayé de la carte.

 

Dans les studios, là où l’information continue de circuler malgré la précarité, l’exercice du métier relève désormais du sacerdoce. Armand Mba, rédacteur en chef, décrit un quotidien fait de studios de fortune et de matériel obsolète, où journalistes et techniciens travaillent dans des conditions qui défient toute logique professionnelle. Malgré ce dénuement, la flamme de l’information demeure, mais elle vacille. Ce cri d’alarme n’est pas une simple plainte corporatiste, c’est l’alerte rouge d’un média qui a épuisé toutes ses réserves de résilience et qui se tourne désormais vers le sommet de l’État pour éviter l’irréparable.

 

L’espoir réside aujourd’hui dans un geste fort des autorités de la Ve République. À Libreville, les agents de la RTN attendent un signe, une décision politique qui permettrait enfin d’engager la reconstruction du siège et le renouvellement technique indispensable à toute diffusion moderne. Sous l’impulsion de la Restauration des Institutions, le sauvetage de la RTN apparaît comme une nécessité pour la vitalité démocratique du Gabon. Le temps presse : si la voix de Nazareth venait à s’éteindre, ce serait un signal inquiétant pour la liberté et la pluralité des voix que le pays s’efforce de reconstruire avec tant d’ardeur.

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