Le spectacle n’était pas seulement sur la pelouse lors du récent duel entre Vautour et Lozosport ; il était, de manière plus affligeante, dans la cabine de commentaires. Ce qui devait être une analyse technique d’une rencontre du championnat national s’est transformé en un exercice de « kounabélisme » — ce zèle flatteur et excessif — qui soulève une vague d’indignation légitime chez les téléspectateurs. En choisissant de rabaisser systématiquement le niveau des joueurs tout en tressant des lauriers au président de la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT), le commentateur a franchi la ligne rouge de la déontologie médiatique.
L’incohérence de la démarche est totale et frise l’insulte à l’intelligence du public. Comment peut-on, dans une même envolée lyrique, fustiger la piètre qualité technique des acteurs de terrain et faire l’apologie de la gouvernance d’Alain Pierre Mounguengui ? Ce dernier, aux commandes depuis plus d’une décennie, est pourtant le premier comptable de l’effondrement de la formation et de la structuration du football local. Pointer du doigt les symptômes (le niveau des joueurs) tout en célébrant le responsable des maux (la gestion fédérale) témoigne d’une complaisance qui nuit gravement à la crédibilité de l’information sportive.
Au-delà de la maladresse, c’est un appel à la responsabilité qui est lancé au Groupe Gabon Télévisions. Le service public a le devoir de respecter ses téléspectateurs, dont l’oreille et l’esprit ne sauraient être les réceptacles d’une propagande déguisée. Le commentaire sportif doit être un outil pédagogique et analytique, non une plateforme de relations publiques destinée à protéger des bilans contestables. En laissant de telles dérives s’installer, c’est l’image même de la presse nationale qui s’érode, sacrifiant la vérité du terrain sur l’autel des allégeances personnelles.
En cette ère de Restauration des Institutions, le milieu du football et celui des médias ne sauraient faire exception à l’exigence de vérité. Le public, passionné et exigeant, mérite des analyses lucides et des professionnels capables de placer l’intérêt du sport au-dessus des amitiés de salon. Le « kounabélisme » à outrance ne sauvera pas notre football ; seule une critique constructive et une gestion transparente pourront redonner au championnat national ses lettres de noblesse. Il est temps que le micro serve enfin la cause du jeu, et non celle des jeux de pouvoir.



