Il faut désormais appeler les choses par leur nom. Ce qui se joue aujourd’hui dans le secteur éducatif gabonais n’est plus un simple mouvement de revendication, mais une dérive dangereuse où l’émotion, l’agitation et l’ego prennent le pas sur le droit, la responsabilité et l’intérêt général.
Derrière le discours victimaire, une réalité saute aux yeux : des mouvements sans existence juridique, sans responsabilité légale et sans mandat syndical réel prennent en otage l’école gabonaise. Ils appellent à la radicalisation tout en sachant pertinemment qu’ils n’offrent aucune protection à ceux qu’ils entraînent dans l’impasse.
La vérité dérange, mais elle est incontournable : un mouvement informel ne protège personne. Il expose les enseignants, fragilise leur avenir professionnel et sabote le syndicalisme, seul cadre reconnu pour défendre durablement les droits des travailleurs. Ceux qui encouragent cette fuite en avant le savent. Ils choisissent pourtant le chaos.
Pire encore, cette agitation permanente ressemble de plus en plus à une instrumentalisation politique à peine voilée. À défaut d’avoir convaincu par le bilan, certains tentent d’exister par le bruit, la tension et le blocage systématique. La crise devient alors un levier de visibilité personnelle, et non un outil de justice sociale.
Paralyser durablement l’école, alors même que le gouvernement a engagé la plus vaste régularisation administrative jamais menée dans ce secteur, relève soit de l’aveuglement, soit de la mauvaise foi. Le principe de la négociation n’est pas le chantage. C’est un processus : chacun fait un pas. Refuser toute avancée, c’est refuser la solution.
Les problèmes que traverse l’éducation sont anciens. Ils datent précisément de périodes où nombre de voix aujourd’hui bruyantes étaient aux responsabilités. Leur indignation tardive ne trompe plus grand monde.
L’histoire l’enseigne : ceux qui crient le plus fort ne sont pas toujours ceux qui défendent le mieux les travailleurs. L’émotion mobilise, mais elle ne gouverne pas. Le droit, lui, demeure. Et l’école gabonaise mérite mieux que d’être sacrifiée sur l’autel des règlements de comptes et des ambitions personnelles.



