Par Karine Cecilia Arissani,
Acteur politique, Conseiller municipal du 1er arrondissement de la commune de Franceville
La grève en cours au sein de l’Éducation nationale, qui connaît aujourd’hui un durcissement préoccupant, pose une question fondamentale : comment un combat juste et légitime peut-il progressivement se transformer en un affrontement politique et personnalisé, au risque d’en perdre sa portée initiale ?
Personne ne conteste la légitimité des revendications des enseignants. Elles sont fondées, connues et, pour une large part, reconnues par l’État. Les difficultés structurelles du secteur éducatif ne datent pas d’hier et sont le produit de longues années de dysfonctionnements accumulés. Les enseignants n’en sont ni les auteurs, ni les bénéficiaires. À ce titre, leur combat mérite respect et considération.
Cependant, à mesure que la grève se durcit, un glissement s’opère. Ce qui relevait au départ d’une lutte sociale pour de meilleures conditions professionnelles et administratives tend à prendre les allures d’un combat politique ciblé, voire d’une opposition frontale à la personne du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Une évolution qui interroge, tant elle semble déconnectée de la réalité des efforts engagés pour résoudre la crise.
Faut-il rappeler que le Chef de l’État n’est pas à l’origine de cette situation ? Peut-on raisonnablement soutenir qu’il n’existe aucune volonté de sa part de trouver une issue à cette crise, alors même que deux protocoles d’accord ont été signés entre le gouvernement et les représentants syndicaux ? Ces actes traduisent, à tout le moins, une reconnaissance du problème et une ouverture au dialogue.
En tant que parent d’élève, comme tant d’autres, j’ai soutenu dès le départ les revendications des enseignants. Mais le soutien ne saurait être à sens unique. Après la signature de deux protocoles d’accord avec neuf représentants syndicaux, les parents d’élèves sont en droit d’attendre, eux aussi, des signaux clairs de volonté de sortie de crise de la part du corps enseignant.
Car au cœur de cette crise, il y a les enfants. Leur avenir scolaire ne peut devenir l’otage d’un bras de fer prolongé, surtout lorsque des bases de discussion et des engagements formels existent. Le dialogue social implique des concessions réciproques, une responsabilité partagée et un sens de l’intérêt général.
Il ne s’agit ni de nier les difficultés persistantes, ni d’exiger une capitulation des enseignants. Il s’agit de rappeler qu’un combat, aussi juste soit-il, perd de sa force lorsqu’il se détourne de son objectif premier. L’école gabonaise mérite mieux qu’une guerre de positions. Elle mérite une solution.
Aujourd’hui plus que jamais, l’heure n’est pas à la radicalisation, mais à la lucidité. Sortir de cette crise est une responsabilité collective — celle de l’État, des enseignants, mais aussi de l’ensemble de la communauté éducative. Car ce sont nos enfants qui, en définitive, paieront le prix de l’échec.



