Alain-Claude Bili-Bi Nze, ou l’art gabonais de découvrir les solutions après avoir quitté le pouvoir

Date:

Il y a des reconversions spectaculaires, et puis il y a celle d’Alain-Claude Bili-Bi Nze. Ancien Premier ministre sous Ali Bongo Ondimba, l’homme s’est découvert, ces derniers mois, une vocation tardive mais passionnée : critique en chef du régime de Brice Clotaire Oligui Nguema. Un rôle qu’il endosse avec un zèle remarquable, multipliant les plateaux télévisés comme on collectionne les conférences de presse, convaincu, semble-t-il – que le Gabon souffre aujourd’hui exactement de tout ce qu’il n’avait pas vu hier.

Depuis bientôt deux ans et demi que le président Oligui Nguema est aux commandes, le pays affiche pourtant des signes visibles de redressement. Mais qu’importe. Pour l’ancien chef du gouvernement, tout va mal, très mal, et surtout moins bien qu’à l’époque bénie où il disposait, lui, de tous les leviers de l’État sans jamais appuyer sur les bons boutons.

La scène est devenue familière : Alain-Claude Bili-Bi Nze explique doctement comment résoudre la crise sociale, en particulier celle de l’éducation nationale. Il parle de dialogue, d’anticipation, de responsabilité de l’État… autant de concepts qui semblent avoir mystérieusement échappé à son agenda lorsqu’il occupait la Primature.

La question, pourtant, s’impose avec une ironie cruelle : le Gabonais aurait-il perdu la mémoire ? Lorsque Bili-Bi Nze était Premier ministre, les grèves existaient déjà, les enseignants réclamaient déjà, les hôpitaux souffraient déjà, et l’administration était déjà à l’arrêt. Mais à l’époque, silence radio. Aujourd’hui, place au commentaire indigné.

Plus étonnant encore, certains discours laissent transparaître une nostalgie assumée du régime d’Ali Bongo Ondimba. Un régime qui, pendant 14 longues années, a surtout brillé par son incapacité à améliorer durablement les conditions de vie des Gabonais. Loisirs huppés à la Sablière d’un côté, hôpitaux sans civières de l’autre. Une gouvernance où le prestige semblait mieux financé que la santé publique.

C’est pourtant ce passé que certains tentent aujourd’hui de réhabiliter, comme si l’amnésie collective était devenue une politique publique. Or, pour une large majorité de Gabonais, l’arrivée de Brice Clotaire Oligui Nguema a marqué une rupture salutaire avec ce système essoufflé et déconnecté.

Pendant que l’ancien Premier ministre critique, les chiffres, eux, parlent. Sous la Transition, 15 190 emplois ont été créés dans les forces de défense et de sécurité, et 21 190 emplois dans le secteur privé, portés par des initiatives concrètes dans les mines, le pétrole, les transports ou encore la marine. Des chantiers structurants ont été lancés sur l’ensemble du territoire, générant emplois directs et indirects.

Le symbole le plus parlant reste sans doute la reprise en main des transports urbains et interurbains, avec le projet Taxi-Gab, salué bien au-delà des frontières. Une audace que l’on chercherait en vain dans le bilan de l’ère Bili-Bi Nze, période durant laquelle même les recrutements et avancements administratifs étaient gelés comme un congélateur budgétaire.

Ironie suprême : c’est précisément parce que le poste de Premier ministre incarnait l’inefficacité et la lourdeur du système ancien que les Gabonais ont, par référendum largement plébiscité, supprimé cette fonction. Un détail que l’ancien locataire de la Primature semble parfois oublier lorsqu’il parle comme s’il avait été simple spectateur des dérives passées.

Alors, que reste-t-il de cette agitation médiatique ? L’image d’un homme qui découvre soudainement l’urgence sociale une fois déchargé de toute responsabilité exécutive. Un classique : le courage rétrospectif, très en vogue chez ceux qui n’ont pas osé agir quand ils en avaient les moyens.

En définitive, Alain-Claude Bili-Bi Nze ne combat pas tant le présent qu’il tente de réécrire le passé. Mais l’histoire, elle, a cette fâcheuse habitude de résister aux plateaux télévisés. Et le peuple gabonais, lui, semble avoir déjà tranché.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

spot_img