Énergie et eau au Gabon : le débat relancé sur l’existence d’une véritable politique sectorielle

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Alors que les difficultés récurrentes d’accès à l’eau potable et à l’électricité alimentent le débat public, l’ancien ministre de l’Énergie et des Ressources hydrauliques, Oswald Séverin Mayounou, apporte un éclairage qui tranche avec certaines idées largement répandues. Pour lui, affirmer qu’« il n’existe pas de politique énergétique et hydrique au Gabon depuis 1960 » relève davantage du raccourci politique que de la réalité institutionnelle.

Selon l’ancien membre du gouvernement, le Gabon dispose bel et bien d’un Schéma Directeur de l’électricité et de l’eau couvrant l’ensemble du territoire national, élaboré avec l’appui de la Banque mondiale. Cette étude stratégique, réceptionnée par le gouvernement en 2022, est officiellement disponible à la Direction générale de l’Énergie du ministère de tutelle. Elle constitue, à ses yeux, l’ossature technique et prospective de la politique publique dans ces deux secteurs vitaux.

À ce cadre stratégique s’ajoute un arsenal juridique récent, avec l’adoption et la promulgation de deux lois structurantes :

  • la loi n°011/2023 du 19 juillet 2023, portant réglementation du secteur de l’eau ;

  • la loi n°012/2023 du 18 août 2023, portant réglementation du secteur de l’électricité.

Ces textes organisent formellement les secteurs de l’eau et de l’électricité, en définissant les rôles des acteurs, les règles de gouvernance et les mécanismes de régulation.

Toujours selon Oswald Séverin Mayounou, le Schéma Directeur intègre des plans directeurs à court, moyen et long termes, ainsi que des plans d’urgence à très court terme, conçus pour répondre aux situations critiques. Le problème ne résiderait donc pas dans l’absence de vision ou de planification, mais plutôt dans leur actualisation et leur mise en œuvre effective.

« Il est simplement question de mettre à jour le Schéma Directeur et de rechercher des investisseurs », estime l’ancien ministre, soulignant que ces plans ne peuvent se concrétiser sans la mobilisation des financements nécessaires, qu’ils soient publics ou privés.

Dans un contexte économique contraint, Oswald Séverin Mayounou met en garde contre la tentation d’élaborer une nouvelle politique énergétique et hydrique, qu’il juge « inutile et inopportune ». À ses yeux, une telle démarche représenterait une dépense supplémentaire, sans garantie d’efficacité, alors que les outils de planification existent déjà.

Cette prise de position relance un débat de fond : le Gabon souffre-t-il d’un déficit de politiques publiques ou plutôt d’un déficit d’exécution, de financement et de gouvernance ? Une question centrale, à l’heure où l’accès à l’eau et à l’électricité demeure l’un des principaux baromètres de la qualité de vie et de la crédibilité de l’action publique.

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