Il prêchait la délivrance, il découvre la détention. Figure aussi médiatique que controversée de l’évangélisme gabonais et accessoirement acteur politique autoproclamé, Joël Andy Poungou a été placé sous mandat de dépôt le mercredi 11 février 2026 et conduit à la prison centrale de Libreville, selon L’Union. Une reconversion express, du pupitre au parloir.
Poursuivi pour atteinte aux bonnes mœurs et violences physiques, le leader du très inspiré « Ministère de toutes les Nations, ainsi fait l’Éternel » est aujourd’hui rattrapé par une série de vidéos et de témoignages dont le contenu, disons-le sobrement, relève davantage du film interdit aux mineurs que du cantique dominical.
La scène prête presque à sourire, si les faits n’étaient pas aussi graves. Il y a encore quelques semaines, le pasteur recevait tranquillement des journalistes dans son église du Bas-de-Gué-Gué, sourire confiant et Bible bien posée, jurant n’être visé par « aucune pression judiciaire ». Mercredi soir, changement de décor : validation du mandat de dépôt par le parquet, direction la prison centrale. Manifestement, la révélation promise n’était pas celle qu’il attendait.
Selon des sources judiciaires, le dossier repose sur un faisceau d’éléments jugés solides : vidéos, photographies et témoignages de jeunes femmes évoquant abus sexuels, violences et surtout un usage très personnel de l’« autorité spirituelle ». Une autorité qui, visiblement, ne figurait pas dans le Nouveau Testament.
Les contenus devenus viraux sur les réseaux sociaux montrent le religieux dans des situations qualifiées d’obscènes par les enquêteurs. Certaines scènes auraient été filmées à l’insu des victimes, d’autres sous contrainte morale, dans le cadre de séances de prière dites « privées ». Le concept mérite sans doute d’être clarifié par un théologien… ou par un juge.
Le mode opératoire décrit par plusieurs plaignantes a de quoi glacer : rituels de délivrance très déshabillés, enregistrements compromettants, puis chantage spirituel et numérique pour garantir le silence. Résultat : deux chefs d’inculpation, atteinte aux bonnes mœurs et violences physiques, avec une enquête susceptible de s’élargir si d’autres fidèles sortent de l’ombre.
Car Joël Andy Poungou n’était pas seulement un homme de foi autoproclamé. Il nourrissait aussi des ambitions politiques assumées. Sa candidature aux législatives, bien que soldée par un échec, lui avait permis de fréquenter certains cercles d’influence et de cultiver l’image d’un pasteur “engagé pour la nation”.
Ironie du sort : celui qui ambitionnait de voter les lois devra désormais s’en remettre à celles du Code pénal. La politique, comme la foi, ne protège visiblement pas de tout.
Au-delà du cas individuel, l’affaire remet sur la table un sujet récurrent : les dérives sectaires et le vide juridique entourant certains groupements religieux au Gabon. Si les textes sanctionnent violences et atteintes aux mœurs, ils restent largement muets sur les abus commis sous couvert de spiritualité. Résultat : pendant que les fidèles prient, les prédateurs prospèrent.
L’incarcération du pasteur pourrait-elle marquer un tournant ? Peut-être. Sur les réseaux sociaux, le débat est déjà bien rodé : d’un côté, ceux qui crient au complot contre les “hommes de Dieu”, de l’autre, ceux qui réclament une justice exemplaire. Entre les deux, une réalité s’impose, implacable et peu mystique : dans un État de droit, ni la Bible, ni la soutane, ni le micro ne font office d’immunité pénale.
Et comme dirait l’autre… ainsi fait la justice.



