La décision de la Haute Autorité de la Communication (HAC) de suspendre l’accès aux réseaux sociaux, ce mardi 17 février 2026, continue de provoquer une onde de choc dans l’espace public gabonais. Parmi les réactions les plus commentées figure celle de Geoffroy Foumboula, qui a choisi de répondre non pas par un slogan politique, mais par une citation directe de la Constitution.
Dans une publication diffusée sur Facebook, ironie du calendrier, l’acteur politique a rappelé les dispositions de l’article 14, consacré à la liberté d’expression, à l’accès à l’information et à la communication « quel qu’en soit le support ». Une sortie qui dépasse la simple réaction émotionnelle et repositionne le débat sur le terrain juridique et institutionnel.
En citant l’article 14, Geoffroy Foumboula met en lumière un principe fondamental : l’État garantit aux citoyens la liberté d’opinion, d’expression, de communication et de presse, ainsi que le droit d’accéder et de diffuser l’information, indépendamment du support utilisé. Le texte constitutionnel précise également le droit d’accès aux documents administratifs et le droit de regard sur les données personnelles contenues dans les fichiers et registres informatiques.
Le message est clair : à l’ère du numérique, les réseaux sociaux ne sont pas de simples plateformes de divertissement, mais des supports à part entière de l’exercice des libertés fondamentales. En les suspendant, l’autorité de régulation touche donc à un champ constitutionnellement protégé.
La Constitution gabonaise prévoit toutefois un encadrement légal de l’usage des technologies de l’information et de la communication, notamment pour protéger l’ordre public, la dignité humaine et la vie privée. C’est précisément sur ce point que se cristallise le débat.
En rappelant ces dispositions, Geoffroy Foumboula pose une question centrale, sans la formuler explicitement : la suspension générale des réseaux sociaux relève-t-elle d’un encadrement proportionné ou d’une restriction excessive ? En droit, la hiérarchie des normes place la Constitution au sommet. Toute décision administrative, y compris celle de la HAC, doit donc s’y conformer strictement.
La question n’est donc pas seulement politique, elle est juridique : la mesure est-elle fondée sur une base légale suffisamment claire ? Est-elle limitée dans le temps, ciblée dans ses objectifs et nécessaire au regard des risques invoqués ?
La réaction de Geoffroy Foumboula intervient dans un climat de tension entre, d’un côté, l’argument sécuritaire avancé par la HAC et, de l’autre, les inquiétudes exprimées par des acteurs politiques, des juristes et des organisations de la société civile. Pour ces derniers, une suspension globale et indifférenciée des réseaux sociaux pourrait créer un précédent dangereux.
Car si l’ordre public est un impératif légitime, il ne peut, dans un État de droit, justifier une restriction durable et généralisée des libertés constitutionnelles sans contrôle juridictionnel clair. Le risque, soulignent certains observateurs, est de banaliser des mesures exceptionnelles dans un contexte politique où la parole publique s’exprime de plus en plus en ligne.
Au-delà du cas précis de cette suspension, l’épisode révèle une fragilité plus large : l’absence d’un cadre juridique suffisamment précis et consensuel sur la gouvernance du numérique au Gabon. Entre nécessité de réguler les dérives, lutter contre la désinformation et préserver les libertés fondamentales, l’équilibre reste précaire.
En convoquant la Constitution dans le débat, Geoffroy Foumboula ne se contente pas de critiquer une décision administrative. Il rappelle que la régulation du numérique ne peut se faire en marge des principes fondateurs de l’État de droit. Une interpellation qui oblige désormais les institutions concernées à clarifier leur position, sous peine de voir la question migrer du terrain politique vers celui, plus contraignant, du contentieux constitutionnel.



