Depuis plusieurs jours, le gouvernement gabonais expose sa feuille de route des 100 premiers jours, un exercice de clarté politique et de responsabilité publique rarement observé avec autant de méthode sous nos latitudes. Chaque membre de l’exécutif est sommé de dire ce qu’il compte faire, comment, et dans quels délais. Une exigence minimale dans toute gouvernance moderne.
Mais à peine cet exercice engagé qu’une vieille mécanique se remet en marche : celle de la polémique artificielle, nourrie non par le fond des politiques publiques, mais par une volonté fébrile d’exister dans l’espace médiatique.
Dans une tribune publiée le 25 février 2026, un ancien haut responsable de l’État a cru utile de contester la légitimité même du concept des “100 jours”, transformant un outil de management gouvernemental en prétendue hérésie institutionnelle. Une sortie bruyante, mais surtout révélatrice.
Le cœur de l’argumentation repose sur une confusion volontairement entretenue : les “100 jours” seraient exclusivement liés au début d’un mandat présidentiel. Tout le reste relèverait, selon cette lecture étriquée, d’un abus de langage ou d’une manipulation politique.
Cette thèse est non seulement fausse, mais intellectuellement paresseuse.
Dans les États contemporains, les “100 jours” ne sont ni un rite sacré ni une invention occidentale importée sans discernement. Ils constituent un outil de pilotage, utilisé chaque fois qu’une nouvelle équipe, un nouveau responsable ou une nouvelle phase stratégique est engagée. Gouverner, ce n’est pas seulement proclamer une vision ; c’est organiser l’action, la rythmer, l’évaluer.
Feindre de l’ignorer relève moins de l’erreur que de la mauvaise foi.
Le plus troublant dans cette charge polémique, c’est qu’elle se heurte frontalement aux propres déclarations passées de son auteur. En mai 2023, alors Premier ministre, le même responsable revendiquait sans détour la logique des “100 jours”… et même leur renouvellement.
Il sollicitait alors une nouvelle feuille de route de 100 jours, après une première déjà achevée. À l’époque, aucune tribune outrée, aucune dénonciation conceptuelle, aucune invocation pseudo-doctrinale. Le dispositif semblait parfaitement acceptable. Mieux : il était revendiqué comme méthode de travail.
Dès lors, une question s’impose :
le concept a-t-il changé, ou est-ce simplement la position politique de celui qui en parle ?
Car ce qui est présenté aujourd’hui comme une aberration institutionnelle fut hier un outil assumé de gouvernance. La contradiction est trop flagrante pour être accidentelle.
Cette sortie médiatique ne relève donc pas d’un débat sérieux sur la gouvernance publique. Elle s’inscrit dans une stratégie bien connue : faire du bruit quand on n’a plus de levier, créer une controverse quand on ne peut plus influencer l’action.
Au lieu d’analyser le contenu des feuilles de route ministérielles, les priorités sectorielles ou la faisabilité des engagements annoncés, la critique s’attaque à un détail méthodologique, espérant ainsi disqualifier l’ensemble sans jamais affronter le fond.
C’est le confort de la posture critique sans le courage de l’alternative.
Le débat réel n’est pas de savoir si le gouvernement a le droit de parler de “100 jours”.
Le débat réel est de savoir :
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si les objectifs annoncés sont pertinents,
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si les délais sont tenables,
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si les mécanismes de suivi sont crédibles,
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et si les résultats seront au rendez-vous.
C’est sur ce terrain que se joue la crédibilité d’une action publique. Tout le reste relève du bruit politique, cette agitation permanente qui donne l’illusion du débat mais évite soigneusement l’épreuve des faits.
À force de confondre polémique et pensée, certains finissent par transformer le commentaire politique en simple exercice de survie médiatique. Le pays, lui, attend autre chose : des analyses lucides, des critiques cohérentes et, surtout, des propositions à la hauteur des enjeux.



