Gabon : La filière avicole, nouveau fer de lance de la souveraineté alimentaire sous la Ve République

Libreville passe à l’offensive pour réduire sa dépendance aux importations alimentaires. Sous l’impulsion du gouvernement, une nouvelle dynamique vient d’être impulsée pour structurer une filière avicole locale jusqu’ici balbutiante. Lors d’une rencontre stratégique avec la presse, les autorités ont dévoilé un plan d’action visant à transformer l’élevage de volailles en un véritable moteur de croissance. Pour Pacôme Kossy, ministre de l’Agriculture, l’équation est simple substituer les produits importés par une production nationale compétitive afin de stabiliser la balance commerciale tout en créant une nouvelle vague d’emplois ruraux.

Cette ambition ne se limite pas aux seules exploitations agricoles ; elle intègre une vision globale de la chaîne de valeur. La ministre du Commerce et de l’Entrepreneuriat, Zenaba Gninga Chaning, l’a martelé : le succès de cette mutation repose sur l’accès aux réseaux de distribution. L’objectif est de briser les monopoles de l’importation en imposant la présence de la production gabonaise sur les étals des géants de la grande distribution tels que SanGel ou Prix Import. En structurant un marché concurrentiel et respectueux des normes sanitaires, le gouvernement espère offrir aux jeunes entrepreneurs un environnement sécurisé pour passer du stade artisanal à l’échelle industrielle.

Au-delà de la sécurité alimentaire, cette initiative s’inscrit dans la stratégie plus large de diversification de l’économie gabonaise. En lançant un appel à manifestation d’intérêt, l’État cherche à attirer des investissements privés capables de moderniser les outils de production. Il ne s’agit plus seulement de produire de la viande de brousse ou de la volaille de cour de ferme, mais de bâtir une industrie capable de répondre à une demande urbaine croissante. Cette approche par « filière » témoigne d’une volonté de professionnalisation du secteur agricole, longtemps resté le parent pauvre des politiques publiques.

Enfin, la réussite de ce pari dépendra de la capacité de l’administration à protéger ses producteurs locaux face à la concurrence féroce des bas morceaux importés d’Europe ou du Brésil. Si le cadre réglementaire et les incitations financières suivent, le Gabon pourrait bien transformer son secteur avicole en un modèle de réussite pour la sous-région. Pour Libreville, l’autosuffisance n’est plus une option, mais une nécessité stratégique pour garantir une résilience économique face aux chocs extérieurs.