Carburants au Gabon : des prix maintenus malgré la flambée du marché mondial

Alors que le débat sur l’approvisionnement en gasoil ressurgit dans le Grand Libreville, une autre question revient au centre des préoccupations : celle du prix payé à la pompe. Selon les éléments communiqués par le ministère du Pétrole et du Gaz, les tarifs des carburants sont inchangés depuis le 1er janvier 2024, malgré la forte progression des cours internationaux.
À cette date, le prix de l’essence et celui du gasoil avaient été réduits de 10 FCFA par litre. La bouteille de gaz de 12 kilogrammes avait également été ramenée de 5 950 à 4 950 FCFA sur instruction du Chef de l’État.
Depuis, les prix à la pompe n’ont pas évolué. Le litre d’essence est vendu 595 FCFA, tandis que le litre de gasoil est affiché à 575 FCFA.
À 595 FCFA, le Gabon affiche par ailleurs le prix de l’essence le plus bas de la CEMAC selon les données communiquées par le ministère. Le litre est indiqué à 645 FCFA en Guinée équatoriale, 700 FCFA au Tchad, 775 FCFA au Congo, 840 FCFA au Cameroun et 1 150 FCFA en Centrafrique depuis le 1er octobre 2026.
Une facture assumée par l’État
Cette stabilité des prix à la pompe repose largement sur la subvention publique.
Initialement fixée à 12 milliards de FCFA dans la loi de finances 2026, l’enveloppe consacrée à la subvention aux carburants a été portée à 55,3 milliards de FCFA dans la loi de finances rectificative.
Cette décision intervient alors que les conditions internationales d’approvisionnement se sont fortement tendues. Selon les éléments communiqués par le ministère, le gasoil a renchéri de 59 % sur le marché mondial entre mars et août 2026.
Le Chef de l’État avait déjà écarté, en novembre 2025, la suppression de la subvention qui devait intervenir au 1er janvier 2026. Le ministre du Pétrole et du Gaz, Sosthène Nguema Nguema, expliquait alors : « Il était question qu’au 1er janvier 2026, la subvention soit retirée. Mais les conséquences économiques et sociales auraient été lourdes pour toutes les couches de la population. »
Le maintien de cette politique représente cependant un effort important pour les finances publiques. La question n’est donc plus uniquement celle du niveau des prix, mais également celle de l’efficacité sociale de la subvention.
Vers une aide mieux ciblée ?
Selon la Banque mondiale, les subventions aux carburants « ne sont pas bien ciblées ». Les données citées par le ministère indiquent que 96 % de la subvention bénéficieraient à la moitié la plus aisée de la population, qui consomme davantage de carburant.
Le gouvernement entend donc progressivement se doter de mécanismes permettant de mieux orienter les aides vers les ménages qui en ont réellement besoin. Le Registre social unique a été lancé en juillet 2026, tandis qu’un nouveau recensement des Gabonais économiquement faibles a été engagé en septembre.
À ce stade, aucune hausse des prix à la pompe n’est annoncée. Le ministère rappelle que le prix du carburant demeure inchangé depuis janvier 2024 et que la suppression brutale de la subvention a été écartée.
Le débat porte désormais sur la soutenabilité de ce modèle. Entre protection du pouvoir d’achat, coût budgétaire de la subvention et nécessité de renforcer les capacités nationales de raffinage, le Gabon doit trouver un équilibre durable.
Car derrière le prix affiché à la pompe se joue une question plus large : comment protéger les consommateurs tout en consacrant davantage de ressources aux infrastructures, à la production nationale et aux services publics ?
La réponse de long terme passe notamment par la modernisation de la Sogara, le renforcement des capacités de stockage et la construction d’une nouvelle raffinerie à Port-Gentil. L’objectif est de réduire progressivement la vulnérabilité du pays aux fluctuations du marché mondial tout en maintenant une politique de soutien social mieux ciblée.
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