RGPL 2026 : au-delà du nombre d’étrangers, le Gabon face au défi de sa population

Le débat suscité par les résultats provisoires du Recensement général de la population et des logements (RGPL) 2026 mérite mieux que les passions qu’il provoque déjà. La proportion des étrangers vivant au Gabon constitue certes une question légitime, puisqu’elle touche à la démographie, à l’emploi, aux services publics, à la sécurité, à l’identité nationale et à la maîtrise du territoire. Mais réduire cette problématique au seul décompte des populations étrangères reviendrait à passer à côté d’une partie essentielle de la réalité économique du pays.
Selon les données provisoires présentées par l’INSTAT Gabon, la population du pays s’établit désormais à 3 518 621 habitants, avec un taux de couverture national annoncé de 97 %. Les autorités relèvent également l’attractivité du Gabon auprès des populations étrangères ainsi que la forte concentration démographique dans la province de l’Estuaire.
Ces données appellent naturellement à l’analyse. Elles doivent toutefois être distinguées des nombreux chiffres qui circulent déjà dans l’espace public avant la validation définitive des résultats.
Une population à considérer aussi comme une force économique
Le Gabon dispose d’un territoire d’environ 268 000 km² et reste caractérisé par une faible densité démographique. Cette situation contraste avec l’importance de ses ressources naturelles : pétrole, manganèse, bois, ressources halieutiques, terres agricoles, biodiversité et potentiel touristique.
Dans ce contexte, la question démographique ne peut être réduite à celle du nombre d’étrangers présents sur le territoire. Elle doit également porter sur la capacité productive de l’ensemble de la population résidente.
Depuis plusieurs décennies, des femmes et des hommes venus d’autres pays participent à l’économie gabonaise dans des secteurs aussi variés que le commerce, l’agriculture, le bâtiment, le transport, l’artisanat ou les services.
Un travailleur étranger participe à la production. Un commerçant crée une activité, paie un loyer, s’approvisionne auprès de fournisseurs et peut employer des salariés. Un agriculteur contribue à l’offre alimentaire. Un professionnel du bâtiment participe à la construction de logements et d’infrastructures.
L’activité économique repose ainsi sur une succession d’interdépendances : emploi, production, revenus, consommation, fiscalité, investissement, création d’activités et nouveaux emplois.
Cette réalité ne signifie évidemment pas que les difficultés liées au travail informel, à la fraude fiscale, à la concurrence déloyale ou au non-respect du droit du travail doivent être minimisées. Elle invite plutôt à poser le débat autrement : comment permettre à la migration économique de contribuer au développement du Gabon tout en protégeant les intérêts des travailleurs et des entreprises gabonais ?
Priorité à l’emploi national, sans fermeture systématique
La priorité accordée à l’emploi des Gabonais constitue un enjeu central. Elle passe notamment par la formation professionnelle, l’apprentissage, l’acquisition de compétences et une politique active de développement du capital humain.
Mais cette priorité ne signifie pas nécessairement que toute présence étrangère sur le marché du travail devrait être considérée comme une substitution.
Dans une économie en transformation, certaines compétences peuvent manquer localement. L’enjeu consiste alors à attirer les profils nécessaires tout en organisant la transmission de leurs savoir-faire aux travailleurs gabonais.
L’entreprise qui recourt à une expertise étrangère peut ainsi être appelée à contribuer davantage à la formation, à l’apprentissage et à la montée en compétences des cadres nationaux.
L’objectif serait donc de faire de la main-d’œuvre étrangère un complément temporaire ou spécialisé, plutôt qu’une solution permanente de substitution aux compétences nationales.
Une question démographique qui rejoint l’aménagement du territoire
Le débat prend une autre dimension lorsqu’il est mis en relation avec la répartition géographique de la population.
La forte concentration démographique dans l’Estuaire pose la question de l’équilibre territorial du pays. Si l’essentiel des populations, des infrastructures, des emplois et des opportunités demeure concentré autour de Libreville, les autres provinces risquent de continuer à souffrir d’un déficit d’activités et de dynamisme économique.
Dans certaines conditions, les populations étrangères peuvent participer à la mise en valeur économique des territoires. Commerçants, agriculteurs, artisans, techniciens ou entrepreneurs installés dans les provinces peuvent contribuer à la création de marchés locaux et au développement de nouvelles activités.
Il ne s’agit évidemment pas d’organiser une immigration massive pour « peupler » le Gabon. Il s’agirait plutôt de réfléchir à une politique migratoire articulée à une politique d’aménagement du territoire.
Les besoins en agriculture, tourisme, industrie, transformation locale ou services pourraient, par exemple, être mis en relation avec des politiques d’installation d’entrepreneurs et de professionnels dans les zones où le développement économique est recherché.
Un marché intérieur à mieux exploiter
L’augmentation de la population représente également un potentiel économique.
Un marché de plus de trois millions d’habitants génère mécaniquement des besoins en alimentation, logement, transport, télécommunications, santé, éducation, habillement, services financiers et loisirs.
Mais cette croissance démographique ne produira pleinement ses effets économiques que si une partie importante de cette demande est satisfaite par la production nationale.
C’est là que la question migratoire rejoint celle de la souveraineté économique. Une population supplémentaire peut devenir un moteur pour les entreprises gabonaises si elle consomme davantage de produits et services fabriqués ou proposés localement.
Le véritable enjeu est donc de transformer la croissance de la demande intérieure en débouchés pour l’agriculture, l’industrie, l’agroalimentaire, le commerce et les services gabonais.
Réguler plutôt que stigmatiser
Une politique migratoire économiquement efficace suppose toutefois un État capable de connaître, enregistrer et réglementer les populations présentes sur son territoire.
Le travail informel, l’évasion fiscale, la concurrence déloyale, l’exploitation des travailleurs, les emplois fictifs ou les activités économiques échappant aux obligations légales doivent être combattus.
Mais cette exigence doit s'appliquer à tous.
Un entrepreneur gabonais comme un entrepreneur étranger doit respecter les règles fiscales, sociales, commerciales et sanitaires. De même, un travailleur étranger doit bénéficier de la protection du droit du travail au même titre qu’un travailleur gabonais.
L’enjeu est donc d’éviter deux dérives : la stigmatisation de l’étranger d’un côté, et l’impunité économique de l’autre.
L’intégration africaine impose également de penser la mobilité
La réflexion doit enfin être replacée dans le contexte de l’intégration africaine.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) vise à rapprocher les économies du continent et à favoriser les échanges de biens et de services. L’Union africaine a également adopté un protocole relatif à la libre circulation des personnes, au droit de résidence et au droit d’établissement.
Dans cette perspective, la mobilité des travailleurs, des entrepreneurs, des étudiants, des investisseurs et des compétences est appelée à occuper une place croissante dans les relations entre les pays africains.
Le Gabon doit donc pouvoir protéger son marché du travail et ses intérêts économiques tout en participant à cette dynamique continentale.
L’ouverture ne signifie pas l’absence de règles. Elle suppose au contraire de définir clairement les conditions d’entrée, de résidence, de travail, d’investissement et d’établissement.
Vers une doctrine gabonaise de la mobilité
Le débat actuel pourrait ainsi déboucher sur une véritable doctrine nationale articulée autour de plusieurs priorités : favoriser l’emploi des Gabonais, développer les compétences nationales, réguler l’immigration économique, organiser le transfert de compétences, mieux répartir les activités économiques sur le territoire et préparer le pays à l’intégration économique africaine.
Une telle approche permettrait de dépasser l’opposition simpliste entre Gabonais et étrangers.
La question essentielle serait alors de savoir ce que chaque personne vivant et travaillant légalement au Gabon apporte à l’économie nationale : emploi créé, activité développée, impôts acquittés, compétences transmises, investissements réalisés ou contribution à la production locale.
Le RGPL comme outil de politique publique
Le RGPL 2026 ne devrait finalement pas être considéré comme un simple instrument de comptage.
Ses données peuvent servir à mieux planifier les politiques publiques, à adapter les investissements aux besoins des populations, à anticiper les besoins en infrastructures et à mieux organiser le territoire.
Le débat sur les étrangers doit donc être replacé dans une réflexion plus large sur le capital humain, l’emploi, la production, la fiscalité, l’aménagement du territoire et l’intégration africaine.
Le Gabon a le droit de contrôler ses frontières, de connaître les personnes vivant sur son territoire et de faire respecter ses lois. Mais la souveraineté ne se résume pas à la fermeture : elle consiste aussi à maîtriser les règles de l’ouverture et à faire en sorte que celle-ci serve les intérêts nationaux.
Au fond, la question n’est peut-être pas seulement de savoir combien d’étrangers vivent au Gabon, mais aussi de déterminer comment l’ensemble des forces humaines présentes sur le territoire peut contribuer à sa transformation économique et sociale.
Le défi consiste désormais à faire du RGPL une véritable boussole pour les politiques économiques, sociales, migratoires et territoriales du pays.
Christian Richard ABIAGHE NGOMO Acteur civique — Président de SOS Consommateurs
Source, gabonactu.com
À lire aussi

Kinguélé Aval : le remplissage complet du réservoir marque une étape majeure du projet hydroélectrique
Rédaction GNN · 22 septembre 2026

Santé : à Akanda, le Village Santé veut simplifier le parcours des patients
Rédaction GNN · 21 septembre 2026

Akanda : le Village Santé ouvrira ses portes en décembre 2026
Rédaction GNN · 21 septembre 2026

Port-Gentil : au Lycée Joseph Avaro, Oligui Nguema met l’accent sur les conditions d’apprentissage et le sport
Rédaction GNN · 20 septembre 2026





