La riposte citoyenne s’organise au Gabon face au blocage des réseaux sociaux décidé à la surprise générale par la Haute autorité de la communication (HAC), dirigée par Germain Ngoyo Moussavou. Six jours après l’annonce de cette mesure controversée, une requête pour inconstitutionnalité a été officiellement déposée, le lundi 23 février, au greffe de la Cour constitutionnelle.
L’objectif de cette action judiciaire est clair : obtenir l’annulation de la décision prise le 17 février par l’organe de régulation, qui a ordonné la suspension immédiate de plusieurs réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire national.
Selon le quotidien L’Union, quatre citoyens gabonais ont décidé de porter l’affaire devant les neuf sages de la Constitution. Maïmouna Abdoul Kadir, Teddy Annael Akue Essimengane, Elisabeth Mabandah et Cabrel Jeannis Ndomba Mouele estiment que la HAC a outrepassé ses compétences et engagé le pays sur la voie d’une dérive autoritaire.
Pour les requérants, la mesure de suspension constitue une atteinte grave aux libertés fondamentales. Ils dénoncent une décision imposant « une restriction générale sans base légale suffisamment claire ni justification proportionnée », en violation directe des libertés d’expression et d’accès à l’information garanties par la Constitution du 19 décembre 2024.
Les plaignants fustigent également la méthode employée par la HAC, qualifiant son communiqué de véritable « sanction collective ». Selon eux, cette décision ne touche pas uniquement les internautes, mais affecte lourdement les médias professionnels, les créateurs de contenus et l’ensemble des acteurs économiques dont les activités dépendent du numérique. Une mesure aveugle qui, à leurs yeux, asphyxie l’économie et fragilise le tissu social.
Estimant que le préjudice s’aggrave à chaque jour de déconnexion, les requérants réclament une réponse judiciaire rapide. Ils demandent non seulement que la décision soit déclarée inconstitutionnelle, mais également qu’elle soit annulée avec effet immédiat, accompagnée d’une injonction ordonnant le rétablissement total des plateformes suspendues.
Cette saisine place désormais la Cour constitutionnelle face à une responsabilité majeure. Au-delà du cas d’espèce, elle soulève un débat de fond sur l’équilibre délicat entre la préservation de l’ordre public et la protection des libertés numériques. L’arbitrage attendu est scruté avec attention par une population impatiente de retrouver l’accès à ces espaces d’expression devenus centraux dans la vie sociale, économique et démocratique du pays.



