[Édito] 12 avril 2025- 12 avril 2026: comment Oligui Nguema bâtit progressivement la Ve République

Date:

Le calendrier ne ment pas : du 12 avril 2025 au 12 avril 2026, une année entière s’est écoulée sous l’œil vigilant du président-bâtisseur. Dans ce grand laboratoire à ciel ouvert qu’est devenu le Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema manie la truelle et le décret avec une vigueur qui laisserait pantois le plus aguerri des maçons de la place. On nous annonce la naissance d’une Ve République, et à voir la vitesse des chantiers, on se demande si elle ne sera pas livrée « clé en main » avant même que le peuple n’ait eu le temps de lire le manuel d’utilisation.

 

Bâtir progressivement, c’est l’art de poser chaque brique avec la précision d’un défilé militaire. Ici, un pont qui surgit, là, une route qui s’étire, et partout, cette promesse de « félicité » qui flotte dans l’air comme une douce mélodie. On ne rigole pas avec le développement : si le béton pouvait voter, il choisirait sans doute Oligui Nguema au premier tour, tant les bétonnières semblent avoir remplacé les débats politiques traditionnels dans le cœur des citadins.

 

Mais au-delà du bitume, c’est l’édifice institutionnel qui fascine les observateurs. La Ve République se dessine, encore un peu pudique derrière ses échafaudages constitutionnels, mais déjà parée de toutes les vertus. On nous promet un renouveau si radical que l’on finit par se demander si les anciennes pratiques n’ont pas été envoyées en stage de rééducation longue durée, loin des bureaux climatisés où l’on redessine l’avenir de la nation.

 

Le passage de la parole à l’acte est devenu le sport national, supplantant presque le football dans les conversations de quartier. On observe le chef de l’État circuler, inspecter et trancher, le pas assuré de celui qui sait que le temps est un luxe qu’il a décidé de dompter. C’est la « Transition-TGV », où chaque arrêt en gare est l’occasion de poser une nouvelle pierre, laissant les nostalgiques de la lenteur administrative sur le quai, encore à chercher leur ticket.

 

Bien sûr, certains esprits chagrins — il en faut toujours — s’interrogent sur l’architecture finale de cette Ve République. Sera-t-elle une forteresse imprenable ou une villa ouverte à tous les courants d’air démocratiques ? Pour l’instant, le style est résolument « néo-efficace » : on construit d’abord, on discute de la couleur des rideaux ensuite. C’est une méthode qui a le mérite de la clarté, à défaut de laisser beaucoup de place aux longs palabres de salon.

 

Il y a quelque chose de presque mystique dans cette métamorphose accélérée. Le Gabon de 2026 ne ressemble déjà plus à celui de 2023, comme si le pays avait décidé de rattraper trois décennies de sommeil en quelques mois de marches forcées. La Ve République se veut le remède à tous les maux, une sorte de potion magique où chaque ingrédient est soigneusement pesé par le « Maestro » du palais, sous l’œil approbateur d’une population qui attend le miracle.

 

En somme, cette année de construction progressive nous rappelle que le changement n’est pas qu’une question de constitution, c’est aussi une question de rythme. Entre deux inaugurations et trois réformes de fond, le Gabon de la Ve République s’installe confortablement dans son nouveau costume.

 

Herton-Séna OMOUNGOU

JRI certifié VOA, Expert en communication Digitale et institutionnelle

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

spot_img