Le tronçon Libreville-Ntoum est en passe de devenir le monument national de l’immobilité. Après le divorce fracassant avec les Indiens d’AFCONS, la route semble être entrée dans une phase de méditation profonde, loin du tumulte des pelleteuses et du bruit des moteurs. On nous avait promis un tapis de bitume, nous voilà avec une piste de réflexion. On savait que les ruptures amoureuses étaient douloureuses, mais on ignorait qu’une rupture de contrat pouvait transformer un axe stratégique en un parcours d’obstacles pour nostalgiques du rallye tout-terrain.
Dans cette Ve République où tout va à la vitesse d’un décret, la reprise des travaux semble s’être égarée dans les méandres d’un labyrinthe administratif. On cherche le repreneur providentiel comme on cherche une aiguille dans une botte de latérite. En attendant, les usagers de la route pratiquent malgré eux une forme de « gymnastique automobile » quotidienne, slalomant entre les nids-de-poule qui, à ce stade, ont atteint la taille de nids d’autruche. C’est la souveraineté par le bas : à défaut de bitume neuf, on redécouvre la géologie locale à chaque amortisseur cassé.
La question « à quand la reprise ? » est devenue le nouveau refrain national, une sorte de mantra que l’on récite en serrant les dents à chaque trajet. On nous explique que les procédures sont complexes, que le départ d’AFCONS a laissé un vide sidéral, mais pour le citoyen qui regarde son compteur de vitesse bloqué à 20 km/h, ces explications ont autant de poids qu’un sac de ciment vide sous un orage équatorial. Le temps de la transition routière semble s’étirer plus longtemps que la transition politique, prouvant que le béton est parfois plus têtu que les institutions.
En définitive, si la Ve République est le temps de la « félicité », elle est aussi, pour l’instant, celui de la patience héroïque sur l’axe Ntoum. Le chantier est à l’image d’un match de football dont on attendrait le coup d’envoi depuis trois saisons : les supporters sont dans les tribunes (ou dans leurs voitures), les arbitres discutent au vestiaire, mais le ballon, lui, reste désespérément dégonflé sur la ligne de départ. Reste à espérer que le prochain contrat ne sera pas signé à l’encre sympathique, sous peine de voir Ntoum s’éloigner de Libreville à mesure que les travaux reculent.



