L’opération « Scorpion », présentée en 2019 comme une vaste campagne de lutte contre la corruption au Gabon, continue de susciter interrogations et relectures. À travers le témoignage de Ike Ngouoni, ancien porte-parole de la présidence, une autre version des faits émerge : celle d’un dispositif judiciaire utilisé à des fins politiques.
Selon lui, derrière l’apparente volonté d’assainissement des finances publiques, se cachait une stratégie ciblée visant à affaiblir une figure centrale du pouvoir de l’époque : Brice Laccruche Alihanga, alors directeur de cabinet du président Ali Bongo Ondimba.
Arrêté dans des conditions qu’il décrit comme brutales et opaque, Ike Ngouoni affirme avoir été confronté à une pression constante pour incriminer son ancien supérieur. « Si vous voulez vous en sortir, chargez », résume-t-il, évoquant une mécanique judiciaire où les aveux semblaient primer sur les preuves.
Ce témoignage met en lumière une pratique bien connue dans certains contextes politiques : l’utilisation de procédures judiciaires pour fragiliser des adversaires ou réorganiser des équilibres de pouvoir. Dans cette lecture, l’opération Scorpion apparaît moins comme une opération de moralisation que comme une tentative de recomposition interne du pouvoir exécutif.
L’enjeu dépassait alors les simples accusations financières. Il s’agissait, selon cette version, de déconstruire l’influence d’un homme dont le poids politique devenait de plus en plus significatif.
Aujourd’hui, avec le recul et les changements intervenus depuis la transition menée par Brice Clotaire Oligui Nguema, ces révélations relancent le débat sur l’indépendance de la justice et sur les frontières parfois floues entre gouvernance et luttes d’influence.



