L’administration gabonaise se trouve une nouvelle fois face à ses vieux démons. Ce mardi matin, le Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Augustin Emane, a troqué le confort de son cabinet pour une immersion sans préavis dans les méandres des directions placées sous sa tutelle. Le verdict de cette tournée inopinée, effectuée entre l’avenue Bouma et l’immeuble Rénovation, est sans appel : un désert administratif. Là où l’État attend de l’ardeur et de la présence, le membre du gouvernement n’a trouvé que des bureaux vides et un silence assourdissant, témoignant d’une déconnexion préoccupante entre l’agent public et ses obligations régaliennes.
Les chiffres, froids et éloquents, traduisent l’ampleur du marasme. À la Direction générale des Droits de l’Homme, le constat frise l’absurde : sur un effectif de plus de vingt agents, seuls trois ont répondu présents à l’appel du devoir. Ce taux de présence, avoisinant à peine les 25 % sur l’ensemble des sites visités, soulève une interrogation fondamentale sur l’efficacité de notre appareil étatique. Lorsque seuls les cadres dirigeants occupent le terrain, c’est toute la chaîne de production administrative qui s’enroue, laissant l’usager et l’intérêt général sur le quai d’une modernité qui peine à se concrétiser.
Pourtant, le cadre réglementaire ne souffre d’aucune ambiguïté. Le décret du 29 janvier 2021, régissant la journée continue de 7h30 à 16h30, semble être devenu une option facultative pour une frange non négligeable des fonctionnaires. Cette récidive, un mois après une première sommation, révèle un mal plus profond qu’une simple négligence horaire : elle expose une résistance passive à la culture de la performance et de la rigueur. Le rappel à l’ordre du Garde des Sceaux n’est pas qu’une simple remontrance ; c’est un plaidoyer pour le respect du contrat moral qui lie le serviteur de l’État à la Nation gabonaise.
Face à cette inertie persistante, l’heure ne semble plus être aux seules explications formelles. Si les missions de terrain se multiplient pour briser les mauvaises habitudes, elles soulignent surtout l’urgence d’une refonte des mécanismes de contrôle et de sanction au sein de notre fonction publique. La Justice, qui se doit d’être l’exemple de la règle et de la norme, ne peut tolérer en son sein une telle érosion de la discipline. Pour le contribuable gabonais, ce constat d’absentéisme est un signal d’alarme : la réforme de l’État ne se jouera pas seulement sur les grands chantiers, mais avant tout sur le respect quotidien du bureau, du poste et de l’horaire.



