Les conclusions de l’Enquête nationale sur la collecte des données du secteur industriel ont été officiellement remises ce mardi au Vice-président du gouvernement, Herman Immongault. Pilotée par le ministère de l’Industrie avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), cette étude exhaustive, lancée en 2024, dresse un état des lieux sans concession de l’appareil productif national. Si elle permet enfin de disposer d’une cartographie précise, l’enquête met surtout en lumière des fragilités systémiques qui freinent l’ambition de transformation locale portée par les plus hautes autorités de l’État.
Le premier constat de ce rapport souligne une hypertrophie industrielle de la province de l’Estuaire, qui concentre à elle seule 127 des 190 entreprises recensées dans le pays. Cette domination du Grand Libreville au détriment de l’arrière-pays pose avec acuité la question de l’équilibre territorial et de la valorisation des ressources en dehors de la zone capitale. Par ailleurs, l’enquête pointe un déficit de souveraineté managériale : sur 188 structures analysées, 137 sont dirigées par des expatriés, laissant une portion congrue de seulement 51 entreprises aux mains de cadres nationaux.
L’atelier de restitution a également servi de tribune pour dénoncer les zones d’ombre réglementaires qui entourent certaines activités. Il apparaît qu’un nombre significatif d’opérateurs exercent sans l’agrément technique industriel, pourtant pilier indispensable de la régulation et de l’encadrement du secteur. Le ministre de l’Industrie, Lubin Ntoutoume, a déploré à cet effet une « fragmentation des sources d’information » et des défaillances chroniques dans les mécanismes de collecte et de traitement des données. Cette opacité administrative entrave la mise en place d’une politique industrielle cohérente et affaiblit la compétitivité du « Made in Gabon ».
Cette enquête financée par la BAD doit servir de boussole pour la modernisation urgente du système d’information industrielle du Gabon. En s’appuyant désormais sur des données fiables, le gouvernement entend mieux orienter ses politiques publiques pour favoriser l’émergence de champions industriels nationaux. L’objectif est de transformer ce constat de déséquilibre en une opportunité de réforme, afin que chaque province puisse capter sur son sol la valeur ajoutée de ses ressources naturelles et générer le dividende social tant attendu par les populations.



