GAB Pêche en eaux troubles : quand les promesses de l’abondance se heurtent à une volonté de boycott de la vision présidentielle

Présenté en grande pompe comme l’arme absolue pour reconquérir notre souveraineté halieutique, l’ambitieux programme « GAB Pêche » semble aujourd’hui englué dans les filets de la léthargie bureaucratique. Sur le papier, cette stratégie nationale devait opérer une révolution copernicienne : structurer une filière industrielle créatrice de milliers d’emplois pour la jeunesse, moderniser les infrastructures de débarquement et saturer les marchés locaux en poisson de qualité à des prix défiant toute concurrence. Pourtant, des mois après les annonces fracassantes, le constat sur les étals de Libreville et de l’intérieur du pays est sans appel : le poisson reste cher, rare, et les promesses de prospérité portées par le projet tardent désespérément à se matérialiser.

Ce décalage flagrant entre le discours officiel et le quotidien des ménages gabonais pose la question cruciale des goulots d’étranglement qui paralysent l’action publique. Le Gabon bénéficie pourtant d’une façade maritime de 800 kilomètres parmi les plus poissonneuses de la sous-région, un eldorado bleu qui aiguise les appétits des flottes étrangères mais profite trop peu à l’économie nationale. Face à ce potentiel dormant, l’opinion publique est en droit de s’interroger : s’agit-il d’un énième déficit de financement, d’un défaut managérial dans le suivi des investissements, ou d’une absence d’organisation structurelle capable de transformer une vision politique en chaîne de valeur concrète ?

Pour les analystes du secteur, la stagnation de « GAB Pêche » met en lumière les limites du modèle de gouvernance par décrets sans ancrage opérationnel rigoureux. Pour que le poisson abonde sur nos marchés, il ne suffit pas de dénoncer le monopole des mareyeurs expatriés ; il faut armer des flottilles nationales, bâtir des chaînes de froid fonctionnelles du débarcadère à l’assiette, et offrir des incitations réelles aux jeunes nationaux pour embrasser les métiers de la mer. Tant que l’administration sectorielle se contentera de gérer le projet depuis le confort des bureaux climatisés de la capitale sans descendre sur le bitume des ports de pêche, la ressource continuera d’être pillée sous nos yeux.

Il y a désormais urgence pour le gouvernement à passer de la phase de séduction communicationnelle à celle de l’audit sans complaisance de ce programme. Les Gabonais, asphyxiés par la vie chère, n’attendent plus des concepts théoriques mais des impacts palpables sur leur pouvoir d’achat et leur assiette quotidienne. Redynamiser « GAB Pêche » exigera une injection immédiate de rigueur, une transparence absolue dans l’allocation des fonds et une volonté politique de fer pour briser les réseaux d’intérêt qui tirent profit du statu quo. C’est à ce prix que l’or bleu du Gabon cessera d’être un mirage statistique pour devenir un véritable pilier de notre diversification économique.