Gabon : 14 ans pour casser, 9 mois pour réparer et 24 heures pour accuser ?

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À lire certains articles alarmistes, on croirait qu’au Gabon, la mémoire nationale a une particularité fascinante, elle se réinitialise à chaque changement de régime. Ainsi, des infrastructures délabrées depuis une décennie deviennent, par un étrange phénomène biologique, des « échecs récents ». L’eau ne coule plus ? C’est nouveau. L’électricité saute ? Inattendu. L’école est en crise ? Surprenant. Et surtout, tout cela serait arrivé depuis hier.

Car chacun le sait, avant 2023, le Gabon baignait dans une abondance quasi biblique. Les robinets chantaient, les ampoules ne clignotaient jamais et les enseignants vivaient dans la dignité. Puis vint la 5eme République, et soudain mystère insondable, les tuyaux se sont vexés, les centrales ont déprimé et les écoles ont décidé de fermer par solidarité.

Prenons l’électricité. Les Kapowerships sont présentés aujourd’hui comme le symbole d’une errance énergétique récente. C’est vrai à un détail près : ces bateaux produisent du courant au Gabon depuis des années. Ils étaient la « solution miracle » d’hier. Aujourd’hui, ils sont devenus le « scandale » d’aujourd’hui. Comme quoi, même les miracles ont une date de péremption.

Pendant 14 ans, personne ne s’est demandé si dépendre de centrales flottantes pour alimenter une capitale était une idée géniale. Aujourd’hui, on découvre soudain que c’est fragile. Étonnant. La vraie surprise n’est pas que ça dysfonctionne, mais que ça ait fonctionné aussi longtemps.

L’eau maintenant. Ah, l’eau. Ce bien vital qui manque aujourd’hui serait, selon certains, la preuve ultime de l’incompétence actuelle. Le Programme Intégré d’Alimentation en Eau Potable de Libreville devait tout régler. Lancé en 2021, financé, annoncé, photographié puis rangé soigneusement dans un tiroir sous l’ancien régime.

Mais dans le récit national réécrit, ce projet fantôme serait mort hier, étranglé par le nouveau pouvoir. Qu’importe qu’il ait été laissé inachevé pendant des années : en 2026, on exige qu’il soit terminé, livré, inauguré et béni rétroactivement.

Passons à l’éducation. Des milliers d’enseignants précarisés, bénévoles, sans situation administrative claire. Une anomalie apparue subitement, bien sûr. Avant, tout était fluide. Les carrières étaient gérées avec rigueur. Les enseignants vivaient décemment. Puis la Transition est arrivée et a tout cassé.

Comble de l’ironie : le gouvernement actuel met sur la table des milliards, chiffre les régularisations, ouvre des dossiers que personne n’avait voulu ouvrir avant. Résultat ? On lui reproche de ne pas avoir tout réglé d’un coup. Réparer 14 ans de désordre en 18 mois ? Insuffisant. Presque suspect.

Trop de ministres, pas assez de miracles

. Elles ont juste cessé d’être maquillées.

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