Au sommet de l’État, le temps des annonces semble progressivement céder la place à celui des résultats. Alors que se poursuit l’évaluation des cent premiers jours de l’action gouvernementale, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, hausse le ton et place son équipe face à une exigence désormais assumée : produire des résultats visibles ou s’exposer à un remaniement.
Sous la coordination du vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, plusieurs membres de l’exécutif défilent depuis plusieurs jours devant une commission d’évaluation installée au cabinet gouvernemental. Objectif affiché : mesurer l’état d’avancement des feuilles de route ministérielles et vérifier leur impact réel sur les populations.
Dans une ambiance mêlant technicité administrative et pression politique, les ministres des Affaires étrangères, de la Santé, de l’Économie numérique, du Logement ou encore de la Planification ont été appelés à défendre leurs résultats.
Au ministère des Affaires étrangères, les autorités mettent en avant plusieurs avancées diplomatiques majeures, notamment le retour du Gabon au sein de Union africaine, le renforcement des liens avec la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale et le Commonwealth, ainsi que plusieurs opérations de rapatriement de ressortissants gabonais vivant à l’étranger.
Dans le secteur sanitaire, les autorités ont mis en avant l’organisation d’un forum sur l’éthique médicale et un audit consacré aux conditions d’accueil au Centre hospitalier universitaire de Libreville. Du côté de l’Économie numérique, le gouvernement évoque une restructuration du département ainsi que la préparation de nouveaux textes législatifs, parmi lesquels figure un projet de loi dédié aux startups.
Le ministère du Logement, dirigé par Mays Mouissi, a annoncé le lancement de 1 394 logements, dont 500 déjà en chantier, ainsi que l’aménagement de 4 300 parcelles commercialisées par la Société nationale immobilière à des tarifs présentés comme plus accessibles que ceux du marché privé.
Même dynamique du côté de la Planification. La ministre Louise Pierrette Mvono a indiqué que le Plan national de croissance et de développement était désormais finalisé, tandis que les opérations de recensement auraient permis de couvrir près de 90 % des habitations ciblées.
Mais derrière ces bilans sectoriels jugés encourageants par plusieurs membres du gouvernement, c’est surtout le message politique envoyé par le chef de l’État qui retient l’attention.
À l’issue du dernier Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Charles-Édouard Mombo, a relayé un avertissement particulièrement ferme du président de la République. Désormais, la logique de gouvernance repose sur la performance, l’efficacité et l’intégrité morale.
Dans les couloirs du pouvoir, le message est interprété comme un tournant : les ministres incapables de transformer leurs engagements en réalisations concrètes pourraient être remerciés lors d’un prochain remaniement.
Cette séquence marque ainsi une nouvelle étape dans la méthode de gouvernance impulsée par Brice Clotaire Oligui Nguema depuis l’avènement de la Ve République. Au-delà des discours et des ambitions affichées, l’exécutif entend désormais inscrire son action dans une culture de reddition des comptes, où chaque ministre devra démontrer sa capacité à améliorer concrètement le quotidien des Gabonais.
Dans un contexte social marqué par les attentes autour de l’emploi, du logement, de l’accès à l’eau et de la lutte contre la vie chère, cette évaluation des cent jours apparaît aussi comme un test politique grandeur nature pour une équipe gouvernementale désormais sommée d’obtenir des résultats rapides et visibles.



