LIP-Matanda à Port-gentil : La fin de l’illusion ou le retour de l’impuissance publique ?

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L’euphorie des bulldozers et la mise en scène de la fermeté semblent déjà appartenir à un passé lointain. À Port-Gentil, le site de LIP-Matanda, autrefois érigé en symbole de la restauration de l’autorité de l’État, offre aujourd’hui le visage d’une reconquête par l’anarchie. Quelques mois seulement après les opérations de déguerpissement très médiatisées, le désordre urbain reprend ses quartiers. Entre les habitations épargnées par miracle et le retour furtif des anciens occupants, la zone redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être aux yeux des autorités : un espace de non-droit où l’insalubrité et les trafics repoussent sur les décombres d’une décision publique restée inaboutie.

Le constat est d’autant plus amer que le problème ne réside plus dans la volonté politique affichée au sommet, mais dans la défaillance systémique de la chaîne d’exécution. Si le Chef de l’État trace le sillon d’un Gabon ordonné, l’appareil administratif et les forces de contrôle semblent s’être assoupis sitôt les caméras de télévision éteintes. Un État ne peut asseoir sa crédibilité sur le seul fracas des engins de chantier durant soixante-douze heures. La véritable autorité se mesure à la permanence du contrôle et à la capacité des administrations locales à sanctuariser les espaces libérés. En laissant s’installer ce vide post-opératoire, l’administration transforme une démonstration de force en un aveu de faiblesse criant.

Cette légèreté institutionnelle porte en elle les germes d’un message délétère : celui de la récidive encouragée. Quel crédit accorder à une parole publique qui, après avoir mobilisé le ban et l’arrière-ban des forces de sécurité et provoqué des crispations diplomatiques, laisse le terrain en friche ? En tolérant le retour des fumoirs de poissons et la reprise des constructions de fortune, l’État nourrit l’idée que ses décisions sont saisonnières et que la résistance à la loi finit toujours par payer. Ce cycle d’« opérations coups de poing » suivies d’un abandon total fragilise le contrat social et décrédibilise l’action du gouvernement aux yeux des citoyens respectueux des règles.

Enfin, le sacrifice de la mangrove de Port-Gentil sous les yeux passifs des autorités constitue un désastre écologique irréparable. Rempart naturel contre l’érosion et poumon de la cité pétrolière, cet écosystème continue d’être méthodiquement agressé par une occupation humaine incontrôlée. Au-delà de l’aspect esthétique, c’est la sécurité environnementale de toute une presqu’île qui est mise en péril. Tant que le Gabon ne sortira pas de cette « culture de l’inachevé », où le spectaculaire l’emporte sur le suivi, les zones comme LIP-Matanda resteront les stigmates d’un État capable de lancer des batailles, mais incapable de gagner durablement la paix urbaine.

 

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