« Otages d’État » : quand les anciens geôliers découvrent soudain les droits humains

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La scène politique gabonaise offre parfois des retournements dignes des meilleures séries africaines. Depuis quelques jours, une campagne baptisée « Otages d’État » envahit les réseaux sociaux avec une mise en scène dramatique : portraits en noir et blanc, slogans alarmistes et appels vibrants à la « libération immédiate » de plusieurs anciennes figures du régime déchu, parmi lesquelles Alain-Claude Bilie-By-Nze, Ian Ghislain Ngoulou ou encore Vincent de Paul Massassa.

Le problème, c’est que beaucoup de Gabonais ont la mémoire un peu moins courte que les concepteurs de cette campagne.

Car voilà que ceux qui appartenaient hier à un système accusé par plusieurs ONG internationales d’avoir produit des dizaines de prisonniers politiques se découvrent aujourd’hui une passion tardive pour les libertés publiques. Une conversion presque spirituelle. À croire que les cellules deviennent plus étroites lorsqu’on n’a plus accès aux voitures officielles et aux salons climatisés des palais de la République.

Le cas d’Alain-Claude Bilie-By-Nze résume à lui seul cette nouvelle dramaturgie nationale. L’ancien chef du gouvernement est poursuivi dans une affaire financière privée portant sur une créance remontant à 2008. Mais sur les réseaux sociaux, certains militants numériques parlent déjà comme si Nelson Mandela avait été arrêté à Libreville.

Pendant ce temps, les vrais anciens détenus politiques de l’ère Ali Bongo Ondimba regardent probablement ce spectacle avec un sourire amer. Eux connaissent la différence entre une procédure judiciaire avec avocat, recours et audiences publiques et une détention où l’on disparaît pendant des mois sans savoir quand un juge se souviendra enfin de votre existence.

Dans cette bataille des récits, la Cinquième République tente désormais d’imposer sa ligne : non, perdre le pouvoir ne transforme pas automatiquement un ancien dignitaire en prisonnier politique. Surtout lorsque hier encore, certains regardaient ailleurs pendant que d’autres croupissaient réellement derrière les barreaux pour leurs opinions.

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