[Edito]SNI: l’art de l’expropriation sous l’excuse « on vient et on le fait au nom du Chef de l’État qui nous envoie»?

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Ah, la magie des mots ! On connaissait « l’expropriation pour cause d’utilité publique », cette vieille lune juridique qui demande des dossiers, des compensations et – soyons fous – un dialogue. Mais réjouissez-vous, une nouvelle discipline vient de naître, plus directe, plus tonique : l’expropriation par «procuration mystique».

Le concept est d’une simplicité désarmante : on débarque dans «une plantation», on sort son plus beau stylo (ou sa plus grosse machine) et on lance cette phrase magique qui paralyse instantanément toute velléité de contestation : « C’est le Chef de l’État qui nous envoie. »

 

Le « Chef » a bon dos:

C’est merveilleux. Le Chef de l’État, entre deux dossiers de géopolitique et la gestion du budget national, aurait donc pris le temps de pointer du doigt, personnellement, le cacaoyer de Monsieur Samba ou la clôture de Madame Yvonne en disant : « Celui-là, il me le faut pour lundi. »On imagine la scène. On imagine surtout l’incroyable don d’ubiquité de nos agents, capables de transformer n’importe quelle velléité foncière en mission commandée au plus haut sommet. C’est l’art de porter le nom du Chef comme un bouclier, ou plutôt comme un bélier, pour défoncer les portes de la légalité.

 

La SNI, ou le GPS de la discorde:

Le plus drôle – si l’on peut dire – c’est cette boussole administrative qui semble s’affoler. Hier, le terrain appartenait à l’Habitat. Aujourd’hui, par un coup de baguette magique (et sans doute une intervention divine transmise par talkie-talkie), la SNI décrète que non, c’est chez elle. On se croirait dans une partie de Monopoly géante, sauf que les hôtels qu’on y construit ne rapportent rien aux propriétaires du plateau.

 

Face aux paysans qui demandent un ordre de mission, un document, une preuve… on leur répond par un silence poli ou un vrombissement de moteur. Pourquoi s’embarrasser de paperasse quand on a la « légitimité de l’envoyé » ? On ne demande pas son pass sanitaire à un ouragan, n’est-ce pas ?

Le résultat ? Des familles qui regardent leurs terres s’envoler sous les couleurs du patriotisme de façade. Car au final, si l’on vient « au nom du Chef », c’est sans doute que le Chef adore voir son peuple sans abri et ses agriculteurs sans terre. Ou alors — hypothèse farfelue — quelqu’un, quelque part, utilise un nom prestigieux pour repeindre ses propres intérêts en vert-jaune-bleu.

Mais ne soyons pas mauvaises langues. Après tout, si c’est « le Chef qui envoie », c’est forcément que c’est pour notre bien. Même si, pour l’instant, le « bien » ressemble surtout à un terrain vague et à beaucoup de larmes.

 

Note de la rédaction : Si demain quelqu’un vient prendre votre téléviseur en disant qu’il vient de la part du Pape, vérifiez tout de même s’il a une soutane… ou juste un grand appétit.

 

Herton-Séna OMOUNGOU

JRI certifié VOA,Expert en communication digitale et institutionnelle 

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