INTERVIEW — « ALLONHA : UN RETOUR AUX SOURCES, ENTRE RECONNAISSANCE ET PERSPECTIVES »

Allonha : Ignace Engone entre retour aux sources et plaidoyer pour un développement inclusif
De retour sur les terres de son enfance, Ignace Engone a effectué un séjour au regroupement des villages d’Allonha, dans le Canton des Lacs du Sud. Entre émotion, reconnaissance des progrès réalisés et écoute attentive des populations, cette visite a permis de mettre en lumière les avancées enregistrées dans la localité, mais également les nombreux défis qui restent à relever.
Journaliste : Monsieur Ignace ENGONE, vous revenez d’un séjour dans le Canton des Lacs du Sud, précisément au regroupement des villages Allonha. Pourquoi ce déplacement était-il important pour vous ?
Ignace ENGONE : Il faut d’abord rappeler une chose essentielle : Allonha, c’est chez moi. C’est un endroit avec lequel j’ai un rapport particulier. J’y ai grandi, j’y ai passé une grande partie de mon enfance et j’y ai fait mes classes jusqu’en CM2, avant de partir poursuivre mes études secondaires. Donc, lorsque je retourne à Allonha, ce n’est pas simplement une visite. C’est véritablement un retour aux sources, sur une terre qui m’a vu grandir et qui a contribué à construire l’homme que je suis aujourd’hui.
Journaliste : Qu’avez-vous retenu de vos échanges avec les populations ?
Ignace ENGONE : J’ai beaucoup échangé avec les populations. J’ai surtout pris le temps de les écouter. Et ce qui ressort de ces échanges, c’est un sentiment partagé : d’une part, une grande satisfaction face aux progrès réalisés ; d’autre part, des attentes légitimes pour aller encore plus loin. Les populations reconnaissent les avancées enregistrées ces dernières années, notamment en matière d’accessibilité et d’éclairage.
Journaliste : Justement, que représente aujourd’hui la route qui relie Lambaréné au lac Ezanga ?
Ignace ENGONE: C’est une véritable aubaine. Aujourd’hui, nous pouvons rallier Lambaréné au lac Ezanga en environ 45 minutes de route. Pour les populations, c’est un changement considérable. Cette route facilite les déplacements, l’accès aux services, aux marchés, aux soins, à l’éducation et aux activités économiques. Je veux donc saluer la volonté des plus hautes autorités du pays, en tête desquelles le Président de la République, Chef du Gouvernement, SE Brice Clotaire Oligui Nguema, ainsi que l’ensemble des acteurs qui accompagnent cette dynamique. Je pense notamment à Maurel & Prom, qui exploite le pétrole dans cette zone et qui accompagne également certaines actions en faveur des populations. C’est une infrastructure qui change véritablement la vie.
Journaliste : Vous avez également évoqué l’éclairage des villages.
Ignace ENGONE: Oui. Aujourd’hui, les villages concernés bénéficient d’un éclairage 24 heures sur 24. Pour quelqu’un qui a grandi ici, c’est particulièrement émouvant de voir cette évolution. L’éclairage améliore la sécurité, les conditions de vie et permet notamment aux enfants et aux jeunes de disposer de meilleures conditions pour étudier et travailler. Et naturellement, les villages environnants espèrent eux aussi bénéficier prochainement de cet éclairage. C’est donc une dynamique qu’il faut poursuivre.
Journaliste : Malgré ces avancées, les populations ont encore des demandes. Quelles sont-elles ?
Ignace ENGONE: Elles sont nombreuses, mais elles sont surtout très concrètes. La première demande concerne la sécurité, avec le souhait de voir mise en place une brigade ou un dispositif de proximité permettant de mieux sécuriser les populations. Sur le plan sanitaire, les populations souhaitent la construction d’un véritable centre de santé, parce que le dispensaire actuel ne dispose plus de capacités suffisantes pour répondre à l’ensemble des besoins. Les jeunes souhaitent également disposer d’aires de jeux et d’espaces de loisirs. À l’école publique d’Allonha, l’une des attentes exprimées est la création d’une bibliothèque, afin de donner aux élèves un meilleur accès aux livres et aux outils de connaissance. Il y a aussi la question de la couverture des réseaux téléphoniques, qui doit être améliorée. Sur le plan économique, les populations souhaitent davantage d’accompagnement financier pour développer leurs activités génératrices de revenus. Journaliste : Vous avez également identifié des besoins liés à la pêche ?
Ignace ENGONE : Oui, absolument. La pêche constitue une activité importante dans cette zone.
Les vendeurs et les pêcheurs ont notamment besoin d’une machine à glace, ou unité de production de glace, afin de pouvoir mieux conserver le poisson et réduire les pertes. Ils souhaitent également disposer d’une petite épicerie de proximité, qui permettrait aux habitants de trouver sur place les produits de première nécessité sans devoir systématiquement se déplacer. Ce sont de petites infrastructures en apparence, mais qui peuvent avoir un impact très concret sur la vie quotidienne et l’économie locale.
Journaliste : Vous avez également beaucoup échangé avec les jeunes. Quel message leur avez-vous adressé ?
Ignace ENGONE : J’ai voulu leur dire quelque chose de très simple : le développement qui arrive doit aussi être une opportunité pour eux. Lorsque les infrastructures se développent, de nouveaux besoins apparaissent. Demain, nous aurons besoin de coiffeurs, de maçons, d’électriciens, de cordonniers, de restaurateurs, de professionnels de la pédicure et de la manucure, mais aussi de nombreuses autres compétences. J’ai donc encouragé les jeunes à ne pas attendre uniquement un emploi salarié. Il faut aussi apprendre un métier, créer son activité et se préparer aux opportunités qui vont arriver. Le développement d’un territoire doit d’abord profiter à ceux qui y vivent.
Journaliste : Finalement, quel bilan tirez-vous de ce séjour à Allonha ?
Ignace ENGONE : Je repars avec beaucoup de satisfaction, mais aussi avec une responsabilité supplémentaire. Satisfaction parce que je vois une localité que j’aime profondément évoluer. Lorsque l’on a grandi ici, que l’on y a appris à lire et à écrire jusqu’au CM2, voir aujourd’hui une route moderne relier le territoire à Lambaréné et voir les villages éclairés est une immense source de fierté. Mais je repars également avec les attentes des populations. Nous devons être reconnaissants pour ce qui a été réalisé, tout en restant lucides sur ce qui reste à faire. Je veux donc adresser mes sincères remerciements au Président de la République pour cette dynamique de développement et encourager Maurel & Prom à poursuivre son accompagnement. Mais il faut également continuer à travailler sur la sécurité, la santé, l’éducation, la connectivité, les activités économiques, la pêche, les infrastructures de proximité et l’accompagnement de la jeunesse.
Journaliste : Un dernier mot aux populations du Canton des Lacs du Sud ?
Ignace ENGONE: Je leur dirais de rester mobilisées, solidaires et confiantes. Allonha, c’est chez moi. Le Canton des Lacs du Sud, c’est une partie de mon histoire. J’y ai grandi, j’y ai appris mes premières leçons et j’y ai construit une partie de mes premières valeurs. Aujourd’hui, mon souhait est que cette terre continue de progresser et que le développement qui s’amorce puisse profiter à toutes les générations. Nous devons reconnaître les avancées, exprimer nos attentes avec responsabilité et surtout préparer notre jeunesse à saisir les opportunités de demain. Parce que finalement, le véritable développement, ce n’est pas seulement construire des routes et éclairer les villages. C’est aussi donner aux populations les moyens de construire elles-mêmes leur avenir.
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