Derrière l’élimination précoce des Panthères à la CAN 2025 se cache une préparation calamiteuse, révélatrice de tensions internes et de conflits d’intérêts au sommet du football gabonais. Bien avant leur entrée en lice, les Gabonais semblaient déjà en difficulté… en dehors du terrain.
Selon plusieurs sources, la sélection nationale n’a pas pu disputer son match amical de préparation face à l’Ouganda pour une raison pour le moins incroyable : l’absence de maillots disponibles. Un épisode ubuesque qui illustre les errements ayant entouré la gestion logistique de l’équipe.
Au cœur de cette affaire figure la société Gabon Sports Management (GASMA), fondée le 5 avril 2025, spécialisée dans le management sportif et la vente d’équipements. Son propriétaire et unique actionnaire n’est autre que… le sélectionneur national, Thierry Mouyouma. À travers cette structure, celui-ci a collaboré avec l’Office national du développement du sport pour lancer la marque « Gaboma », censée prendre le relais après la fin du contrat avec Puma.
Problème : malgré un budget public estimé à 300 millions de francs CFA alloué pour l’achat d’équipements, la marque « Gaboma » ne remplissait aucun des critères exigés par la CAF. Dans un courrier officiel, l’instance continentale a pointé plusieurs irrégularités majeures : tissu non conforme, marque non enregistrée, absence de traçabilité et similitudes avec des visuels déjà existants. Verdict sans appel : « Gaboma » n’était pas autorisée pour la CAN.
Contraints d’agir dans l’urgence, les dirigeants de la FEGAFOOT ont signé un contrat de dernière minute avec un équipementier marocain, AB Sport. Mais les délais n’ont pas permis de recevoir les maillots à temps, privant ainsi les Panthères de toute rencontre de préparation. Une situation née, selon plusieurs observateurs, d’intérêts financiers et privés, bien loin de toute logique sportive.
À cela s’ajoutent des tensions politiques et personnelles persistantes. Nommé en octobre 2023, Thierry Mouyouma n’a jamais fait l’unanimité au sein de la fédération. Son ascension, facilitée par un contexte politique favorable aux techniciens locaux après le coup d’État, a exacerbé les rivalités internes. Protégé par certains cercles, contesté par d’autres, le sélectionneur s’est peu à peu retrouvé au centre d’une guerre des clans.
La communication verrouillée durant la CAN, les relations tendues avec les médias, ainsi que le double discours tenu autour de la gestion de Pierre-Emerick Aubameyang avec l’Olympique de Marseille ont renforcé le malaise. En interne, plusieurs dirigeants dénoncent un management autoritaire, tandis que d’anciennes pratiques refont surface.
En coulisses, des soupçons de copinage et de rétrocommissions sur les primes circulent à nouveau, ravivant le spectre de dérives longtemps reprochées à la FEGAFOOT. Dans cette bataille de clans, l’élimination sportive semble presque secondaire. Pour certains acteurs, le véritable enjeu résiderait dans le contrôle du « business » autour de la sélection nationale.
Ainsi, plus qu’un simple fiasco sportif, la CAN 2025 aura mis en lumière une crise de gouvernance profonde, où intérêts privés, rivalités internes et absence de vision structurante continuent de plomber l’avenir du football gabonais.



