Première crise pour Ulrich Kessany : L’ENAM et l’INJS s’enfoncent dans une année blanche redoutée

Date:

Le spectre du silence plane désormais sur les amphithéâtres et les plateaux techniques de deux institutions prestigieuses de la capitale. À l’École Nationale d’Arts et Manufacture (ENAM) et à l’Institut National de la Jeunesse et des Sports (INJS), la craie ne crisse plus et les sifflets se sont tus. Pour cause, les étudiants de ces deux établissements ont décidé de durcir le ton face à une situation sociale devenue intenable : sept mois d’impayés de bourses d’études. Ce qui n’était au départ qu’une sourde inquiétude s’est mué en un mouvement de contestation radical, les apprenants ayant unanimement choisi de déserter les salles de classe jusqu’à la satisfaction totale de leurs revendications financières.

Le constat sur le terrain est celui d’une paralysie qui s’installe dans la durée. À l’INJS, le mouvement de grève entame déjà sa huitième semaine, tandis que du côté de l’ENAM, les cours sont suspendus depuis maintenant vingt-et-un jours. Pour ces jeunes, souvent issus de familles modestes et venus de l’intérieur du pays, la bourse n’est pas un luxe, mais une sève vitale. Sans ce précieux sésame, se loger, se nourrir et même rallier leurs établissements respectifs relève désormais de l’équilibrisme quotidien. En décidant de croiser les bras, ils entendent briser le mur de l’indifférence administrative et pointer du doigt la précarité qui ronge l’élite de demain.

Cette rupture du contrat pédagogique intervient dans un contexte où chaque jour perdu pèse lourdement sur le calendrier académique. En accumulant les semaines de débrayage, l’ENAM et l’INJS s’exposent dangereusement au risque d’une année invalidée, une perspective qui angoisse aussi bien les étudiants que leurs parents. Le cri de détresse de ces futurs artistes, techniciens et cadres du sport gabonais résonne comme un test majeur pour les autorités de tutelle. Car au-delà de la simple transaction bancaire, c’est la question du respect des engagements pris envers la jeunesse et de la valorisation de la formation professionnelle qui est ici posée avec acuité.

In fine, le bras de fer engagé souligne l’urgence d’une réforme structurelle du circuit de paiement des allocations d’études. Tant que le paiement des bourses restera sujet à des retards aussi abyssaux, la stabilité de nos grandes écoles demeurera précaire. À l’heure où le pays aspire à une relance de son capital humain, la situation à l’ENAM et à l’INJS fait office de fausse note dans la partition nationale. Il est désormais impératif qu’un dialogue franc et constructif s’ouvre pour éviter que ces temples du savoir ne deviennent des friches académiques, sacrifiant au passage les ambitions d’une jeunesse qui ne demande qu’à apprendre dans la dignité.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

spot_img