Le stade d’Akoakam à Oyem a été le théâtre, ce week-end, d’un spectacle désolant qui pose avec acuité la question de la crédibilité de notre élite nationale. La rencontre opposant l’USO au Vautour Club s’est muée en une parodie de football, disputée sur une pelouse transformée par les intempéries en un improbable mélange de « piscine » et de « patinoire ». En autorisant la tenue d’un match de première division dans de telles conditions, la Ligue Nationale de Football Professionnel (Linaf) a non seulement bafoué les standards minimaux d’une compétition de haut niveau, mais elle a surtout fait preuve d’une légèreté coupable vis-à-vis de l’intégrité physique des acteurs.
Comment peut-on encore prôner le caractère « professionnel » d’un championnat qui expose ses talents à des risques de blessures graves sur des terrains indignes de tournois de quartier ? Ce naufrage logistique à Akoakam n’est pas un incident isolé, mais le symptôme d’un mal plus profond : un amateurisme criard qui persiste au sommet de l’organisation. Alors que le football gabonais tente de se refaire une identité, voir des clubs de l’élite évoluer dans une boue épaisse, où le ballon refuse de circuler, renvoie une image dégradante de notre sport roi aux yeux du monde et des partenaires économiques.
Sur le plan purement sportif, le Vautour Club a réussi l’exploit de s’imposer 2-1 dans ce bourbier, faisant preuve d’une résilience mentale admirable. Mais ce succès, bien que mérité pour les visiteurs, laisse un goût amer. Les vidéos amateurs circulant sur les réseaux sociaux, malgré leur qualité précaire, témoignent d’une réalité que les instances ne peuvent plus occulter : l’exigence d’infrastructures de qualité est le préalable non négociable à toute velléité de performance. On ne construit pas une industrie sportive sur des marécages, et le courage des joueurs ne saurait indéfiniment compenser les carences des décideurs.
En définitive, le dossier des infrastructures sportives doit redevenir une urgence nationale pour éviter que nos stades ne deviennent les tombeaux du talent gabonais. Si la victoire du Vautour Club est à saluer, le véritable perdant de cette journée reste le football national, victime d’une gestion qui semble naviguer à vue, au gré des averses. Il est temps que les instances dirigeantes sortent du déni et imposent des critères de praticabilité stricts, car le public gabonais et les athlètes méritent bien plus qu’un championnat qui se joue à pile ou face dans la boue d’Akoakam.



