[Édito] Football féminin : quand le Bénin bâtit son futur, le Gabon cherche le reçu

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C’est l’histoire de deux trajectoires. D’un côté, une calculette qui tourne au rythme des bétonnières ; de l’autre, un trou noir financier digne des meilleures fictions d’anticipation. Bienvenue dans les coulisses du football féminin africain, où la rigueur et le surréalisme se disputent le ballon.

Du côté de Lokossa, l’ambiance est d’une précision toute helvétique. On ne rigole pas avec les chiffres. Le Centre d’Excellence de Football Féminin affiche fièrement 78,68 % de taux de réalisation. Pas 78 %, pas 79 % : 78,68 %. À ce niveau de détail, on imagine que le dernier coup de truelle sur le mur des vestiaires fera basculer le compteur à 78,69 %.

Co-financé par l’État béninois et la FIFA, le projet avance, entre dans sa phase de finition, et s’apprête à offrir aux futures Amazones du ballon rond un cadre digne de ce nom. C’est propre, c’est carré, ça sent la pelouse neuve et la bonne gouvernance. Bref, le Bénin s’éveille, et il le fait avec un plan d’architecte sous le bras .

 

Pendant ce temps, à la Fédération Gabonaise de Football (Fegafoot), sous la haute et immuable direction de Pierre Alain Mounguengui, le football féminin semble géré selon un concept beaucoup plus abstrait. Si le Bénin compte ses briques, le Gabon, lui, semble compter les mystères.

Pourtant, les caisses n’ont pas crié famine. La FIFA et la CAF ont arrosé la Fegafoot de centaines de millions de francs CFA, théoriquement fléchés pour le développement du football. Mais sur le terrain, c’est le grand désert. À croire que les subventions pour le football féminin ont été malencontreusement investies dans un projet invisible ou, plus poétiquement, volatilisées dans l’air de Libreville. Les joueuses attendent les infrastructures, le public attend les résultats, et la Fegafoot, elle, semble surtout attendre que la tempête passe.

 

Le saviez-vous ? Au Gabon, le football féminin ne dérive pas par manque de moyens, mais par excès de « magie budgétaire ».Le score final est sans appel. Pendant que Lokossa peaufine ses finitions à 0,02 % près, le Gabon de Mounguengui continue de naviguer à vue, sans boussole et visiblement sans factures. D’un côté du continent, on construit l’avenir des filles ; de l’autre, on creuse le fossé des occasions manquées.Messieurs de la Fegafoot, si vous cherchez l’inspiration (ou simplement le mode d’emploi d’une subvention), prenez un billet pour le Bénin. C’est à quelques heures de vol, et là-bas, les millions se transforment en murs.

 

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