La Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) traverse l’une des zones de turbulences les plus critiques de son histoire, illustrant le douloureux sevrage des entreprises publiques gabonaises. Invité sur le plateau de Gabon Télévision pour dresser le bilan des actions gouvernementales, le Ministre d’État en charge des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, a posé un diagnostic lucide et sans concession sur ce fleuron stratégique de la souveraineté maritime. Malgré un volontarisme étatique évident pour maintenir à flot cet outil de désenclavement, l’entreprise se saborde de l’intérieur, victime d’un climat social délétère qui paralyse chaque tentative de sauvetage.
Le grand gâchis de cette crise réside dans l’avortement du partenariat salvateur qui avait été noué avec le groupe EBOMAF. Cette alliance, qui prévoyait l’injection de navires neufs et une répartition claire des obligations — le partenaire assurant le quotidien tandis que l’État s’attelait à apurer le lourd passif social historique —, portait en elle les germes d’une renaissance économique et opérationnelle durable. Malheureusement, la lune de miel n’aura duré que le temps de quelques traversées ; submergé par des revendications salariales maximalistes et des incompréhensions chroniques, l’investisseur privé a préféré plier bagage, ramenant cruellement la compagnie à sa case de départ.
Loin de capituler après ce revers cinglant, la puissance publique a de nouveau sorti le carnet de chèques en injectant des actifs stratégiques majeurs, à l’instar du navire *Elobé 6* et du bac *Ndougou*, pour sécuriser l’axe vital Libreville – Port-Gentil. Mais l’économie maritime obéit à des règles de rentabilité que le corporatisme syndical semble ignorer : si les cales partent pleines de l’Estuaire, elles reviennent désespérément vides de l’Ogooué-Maritime, bloquées par des mouvements de grève qui s’apparentent désormais à un blocus économique. En interdisant aux opérateurs économiques d’embarquer leurs marchandises, une frange du personnel coupe la branche sur laquelle elle est assise, privant la compagnie des recettes indispensables à sa propre survie.
Face à cette impasse qui fragilise les caisses de l’État, le message du gouvernement sonne comme un ultime avertissement avant liquidation psychologique. Le temps de l’État-providence perfusant à fonds perdus des structures improductives est définitivement révolu, et la subvention publique ne saurait servir de rente permanente à l’inaction. Il appartient désormais aux agents de la CNNII de faire le choix de la responsabilité collective et de la culture de la performance : soit ils acceptent de remettre les machines en route pour générer la richesse qui paiera leurs salaires, soit ils condamneront ce pavillon historique à sombrer définitivement dans les abysses de la faillite industrielle.



